I) « Tout mouvement de libération de l'homme ne saurait plus passer maintenant que par une déscolarisation.»

Ivan Illich

II) « L'oppression des enfants est première, et fondamentale. Elle est le moule de toutes les autres. »

Christiane Rochefort

III) « Quels enfants allons-nous laisser à la planète ? »

Jaime Semprun

IV) « Non plus créer des écoles alternatives, mais des alternatives à l’école »

John Holt

V) « Notre principale menace aujourd'hui est le monopole mondial de domination scolaire sur l'esprit des hommes. »

Everett Reimer

VI) « Ce qui me paraît le plus insupportable, c'est que l'école me séparait de moi-même. »

Christian Bobin

VII) « Plus l’homme se connaît par la voie officielle, plus il s’aliène »

Raoul Vaneigem

VIII) « Je perçois l'école non pas comme une institution qu'il faut réformer et perfectionner, mais comme une prison qu'il faut détruire. »

Cornélius Castoriadis

IX) « Ce qui abrutit le peuple, ce n'est pas le défaut d'instruction mais la croyance en l'infériorité de son intelligence. »

Jacques Rancière

X) « Prisonnier de l'idéologie scolaire, l'être humain renonce à la responsabilité de sa propre croissance et, par cette abdication, l'école le conduit à une sorte de suicide intellectuel. » Ivan Illich

XI) « Les hommes qui s'en remettent à une unité de mesure définie par d'autres pour juger de leur développement personnel, ne savent bientôt plus que passer sous la toise.» Ivan Illich

News

COUV NEXUS 108 WEBOn parle de nous (interview) dans le numéro 108 de Nexus de Jan/Fév 2017

Dossier « Déscolariser la société »

moinsOn a participé au dossier sur la déscolarisation du numéro 24 (août/sept 2016) du journal romand d'écologie : - Moins

L'école de la peur (texte complet)

ecoledelapeur

Attention aux méprises !

Nous ne sommes pas pour l'Instruction En Famille (IEF) sauf comme solution temporaire, celle-ci est inégalitaire et faire la part belle à une autre institution de l'ordre adulte presqu'autant problématique que l'école (si ce n'est plus !) Pourquoi toujours penser les choses en terme de systèmes fermés ?

Notre revendication se situe sur les communs et un monde ouvert : établir des écoles libres (chacun est libre d'y aller quand il veut), égalitaires (chacun peut intervenir pour enseigner), communales, citoyennes, gratuites, débarrassées de l'État, dans les espaces publics et communs, autogérées.

Bibliographie déscolarisation

Une société sans école
Ivan Illich
Mort de l'école
Everett Reimer
Le maître ignorant
Jacques Rancière
Comme des invitées de marque
Léandre Bergeron
Les apprentissages autonomes
John Holt
Pour décoloniser l'enfant
Gérard Mendel
Avertissement aux écoliers et aux lycéens
Raoul Vaneigem
Apprendre sans l'école
John Holt
Et je ne suis jamais allé à l'école
André Stern
La fin de l'éducation ? Commencements.
Jean-Pierre Lepri
Insoumission à l'école obligatoire
Catherine Baker
L'école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure
Jean Foucambert
De l'éducation
Jiddu Krishnamurti
Pour l'abolition de l'enfance
Shulamith Firestone
L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace ?
Anne Querrien
L'enfant et la raison d'Etat
Philippe Meyer
Le pédagogue n'aime pas les enfants
Henri Roorda
Les enfants d'abord
Christiane Rochefort
Les cahiers au feu
Catherine Baker
La fabrique de l'impuissance 2, l'école entre domination et émancipation
Charlotte Nordmann
La fabrique scolaire de l'histoire
Laurence de Cock et Emmanuelle Picard
L'école contre la vie
Edmond Gilliard
Libres enfants de Summerhill
A.S. Neill
Soumission à l'autorité
Stanley Milgram
Si j'avais de l'argent, beaucoup d'argent, je quitterais l'école
Une éducation sans école
Thierry Pardo
La véritable nature de l'enfant
Jan Hunt
C'est pour ton bien
Alice Miller
L'herméneutique du sujet
Michel Foucault
Ni vieux ni maîtres
Yves Le Bonniec et Claude Guillon
L'individu et les diplômes
Abel Faure
La domination adulte
Yves Bonnardel
Encore heureux qu'on va vers l'été
Christiane Rochefort
S'évader de l'enfance
John Holt
Inévitablement (après l'école)
Julie Roux

Article en avant

mamandeserie

Global larcin

Le monde est un grand larcin, un grand accaparement très diversifié, chacun son butin :

Les Élus volent le pouvoir.

Les universitaires volent l'université.

Les professeurs volent l'apprendre.

Les bibliothécaires volent les bibliothèques.

Les propriétaires volent la terre.

Les patrons volent la force de travail.

Les médecins volent la médecine.

Les médias volent l'information. ... etc. (S.R.)

Scolarisation du monde (le film)

schooling the worldAvec sous-titres Fr (bouton CC)

Outil n°1 pour lever le voile

etymosvignette

Les deux faces de la même médaille

mairieecoled

Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans un onglet

Article du 30/08/2015

Un document exceptionnel !

millecitations

Nos liens Illustrateurs

Émissions en direct sur une radio locale

LE MONDE ALLANT VERS..., un jeudi sur deux à 19h30, sur la petite radio locale : RADIO GRÉSIVAUDAN.

Vous pouvez écouter ces émissions en rejoignant le site internet de Radio Grésivaudan ou en ouvrant votre radio sur la bonne fréquence.

Générique de l'émission :

Participez en direct en appelant le :

04 76 08 91 91

Accéder aux archives des émissions sur le site de Radio Grésivaudan.

Et si la cause des causes était l'absence d'architecture spirituelle chez chacun ? --> Ecoutez l'émission sur "La Citadelle" :

Fallait oser...

« L'enfant a droit à une éducation gratuite et obligatoire. »

Charte des droits de l'enfant de l'UNESCO

Bossuet nous disait :

« Il n'y a point de plus grand obstacle à se commander soi-même que d'avoir autorité sur les autres. »

 Professeurs, déscolarisez-vous !

« Les enfants ne sont pas seulement extrêmement doués pour apprendre; ils sont bien plus doués pour cela que nous. En tant qu'enseignant, j'ai mis beaucoup de temps à le découvrir. J'étais un enseignant ingénieux et plein de ressources, habile à élaborer des séquences de cours, des démonstrations, des outils de motivation et tout ce galimatias. Et ce n'est que très lentement et douloureusement - croyez-moi, douloureusement ! - que j'ai réalisé que c'était quand je me mettais à enseigner le moins que les enfants se mettaient à apprendre le plus. »

John Holt

Corollaire ou conclusion de cette idée de Holt : si on enseigne à l'E.N., c'est donc pour propagander, détourner, aliéner.

Sur le refus de parvenir

« Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Flaubert

*****

« Si nous voulons un monde nouveau, comment accepter de grimper, d'être reconnu par des institutions du vieux monde ? »
Marianne Enckell

Autres citations sur le refus de parvenir

Le corps enseignant ?

On parle toujours du « corps enseignant », mais jamais de son âme... C'est parce qu'il n'en a pas. Et s'il en avait une, ce serait évidemment celle, noire et vicieuse, de Jules Ferry.  S.R.

julesferryamenoireVoici le monsieur qui s'occupe de vos enfants !

descoetdroit

« L'éducation, avec son fer de lance qu'est le système de scolarité obligatoire, avec toutes ses carottes, ses bâtons, ses notes, ses diplômes et ses références, m'apparaît aujourd'hui comme la plus autoritaire et la plus dangereuse des inventions humaines. C'est la racine la plus profonde de l'état d'esclavage moderne et mondialisé dans lequel la plupart des gens ne se sentent rien d'autre que producteurs, consommateurs, spectateurs et fans, motivés de plus en plus, dans tous les aspects de leur vie, par l'appât du gain, l'envie et la peur. »

John Holt

Lien vers des centaines d'autres citations sur le sujet (mis à jour une fois par mois)

 

Fiches de lecture

Livre de la plus haute importance : « Signes annonciateurs d'orages »

sao

Échange de haute volée avec Olivier Chiran sur le site entre-là.net

Nous le faisions déjà mais ce livre va nous aider à nous sentir encore plus autorisés à se faire s'affronter les Dieux (qui est donc la seule vraie bataille). Ce livre nous place sur le bon terrain pour vaincre le capitalisme : celui des Dieux. Ce livre détaille le cisaillement des cisaillements : le capitalisme nous dit que les Dieux ne sont pas alors qu'il en est gorgé et nous qui n'avons plus de Dieux subissons leurs jougs (ceux du capitalisme) continuellement.

trait

Ce livre m'a été conseillé par Georges Lapierre (— lors d'une discussion concernant l'horreur de la laïcité —), l'auteur de « Être ouragans » qui était avec nous au micro de Radio Grésivaudan, jeudi 9 mars :

trait

A propos de livres, ça fait deux fois qu'une personne-mystère dépose chez nous (à notre bibliothèque) un livre extrêmement bien ciblé, crucial et puissant (« La lumière intérieure, source de vie : Apologie de la vraie théologie chrétienne telle qu'elle est professée et prêchée par ce peuple appelé par mépris les Quakers » de Barclay, et « La fleur au fusil » de George Oxley). Est-ce la même personne, je pense que oui. Il s'est écoulé au moins six mois entre les deux dépôts. Cette personne donne-t-elle de la viande a mon chien pour qu'il reste le plus silencieux possible quand elle s'approche ? Ça va nous mener où un dépot de livre tous les 6 mois quand bien même il s'agit de livres aussi importants que celui que je présente aujourd'hui ? Bon, dans tous les cas, je bénis cette personne.

"Une éducation sans école" de Thierry Pardo


education sans ecoleUn nouvel ouvrage vient s'ajouter à notre bibliographie "déscolarisation" : Une éducation sans école, de Thierry Pardo, sorti en Europe au mois de février 2015 aux éditions Ecosociété, et préfacé par André Stern.

Thierry Pardo s'inspire de la pensée d'Ivan Illich et lui rend hommage dans son livre, et se propose de poursuivre le cheminement des idées laissées par ce cher bon vieux Ivan.

Visiblement, Thierry Pardo, comme tout « déscolarisateur » qui se respecte, n'attend plus rien de l'institution scolaire :

« Les quatre murs de la classe constituent une contrainte incompressible, résistants aux efforts successifs de « renouveaux pédagogiques ». Ils limitent aussi bien le déploiement de l'art de l'enseignant que les aspirations exploratoires des élèves. Au-delà des réformes et des discours d'ouverture, la classe demeure un espace qui dresse un mur entre l'enfant et son milieu familial, son environnement naturel, son réseau social, et qui le prive des multiples occasions éducatives émergeant d'un milieu diversifié et non contrôlé. »

Thierry Pardo explore dans son livre, en puisant dans les recherches de nombreux auteurs, la richesse de l'apprentissage libre, en insistant particulièrement sur l'importance du milieu naturel pour l'enfant pour son développement, du va-et-vient permanent entre les apprentissages solitaires d'un enfant qui explore une forêt et ceux qu'il acquiert en contact avec un groupe humain riche et diversifié. En pirate de l'éducation, son livre est aussi une ode au voyage comme élément essentiel à la multiformité des savoirs, par la rencontre foisonnante avec d'autres cultures et d'autres paysages.

J'aimerais maintenant mettre ce très chouette bouquin en parallèle aux travaux qu'on propose sur le site descolarisation.org :

Si, à mon sens, le voyage offre bien sûr un souffle d'air et apporte mille apprentissages, il peut aussi empêcher l'enracinement, ce qui manque cruellement à notre société aujourd'hui. Nous sommes tous expatriés, dispersés, géographiquement. On a du mal à créer des cohérences territoriales avec cet incessant va-et-vient, nous sommes une société sédentaire qui ne tient pas en place, paradoxalement, en habitant dans un espace donné nous parcourons en une vie des distances plus grandes qu'un nomade parcourant le monde à pied. Là dessus Ivan Illich aussi nous avait bien posé la notion de limite, et je trouve qu'il y a une limite à fixer dans nos déplacements. Je pense aussi que cette notion d'enracinement, bien qu'elle n'exclue pas le voyage, est important pour l'enfant. Surtout au niveau de la citoyenneté, de sa participation à la vie politique d'un lieu -pas au sens électeur mais bien en tant que personne qui porte sa propre parole-. Aujourd'hui, on s'investit peu dans la vie collective peut-être aussi parce qu'on manque d'enracinement dans un lieu précis. A ce sujet je renvoie à mon article "De l'indispensable convergence vers l'espace public" et aux travaux de Sylvain Rochex "La dispersion contre la démocratie."

Le livre de Thierry Pardo est un peu comme l'Oiseau lyre de Jacques Prévert, il nous tire loin de la classe ; mais, cette fois, pour ne plus jamais y rentrer...

Une fois libérés individuellement de la première des institutions qui nous prend en charge, reste à s'échapper des autres institutions desquelles nous dépendons encore, et de construire ensemble l'autonomie collective !

Ce très cher Bernard Charbonneau sur l'École d'État

charbonneauletat

Dans le livre « l'État » (couverture ci-contre) de ce très cher Bernard Charbonneau (le copain d'Ellul et l'auteur notamment des merveilles : « Finis Terrae », « le Jardin de Babylone », « l'Hommauto »), on trouve un développement très intéressant sur l'école d'État.

Le voici, recopié pour nous tous.

« Le progrès le plus important accompli par l'État au XIXe siècle, le plus lourd de conséquence pour l'avenir, c'est sa main-mise sur l'enseignement. Comme pour prouver la misère des idéologies dans un siècle libéral, il fut l'oeuvre des partis de liberté. Jusque là dans la société occidentale l'enseignement était laissé à l'initative des individus ou des groupes ; le roi protégeait ou surveillait, mais même quand il fondait le collège de France, il ne lui venait pas à l'idée d'instruire. Aujourd'hui, de cette indépendance de la fonction enseignante, à peu près rien ne reste en France ; sauf quelques privilèges désuets dans la discipline intérieure des facultés, par exemple le droit pour les doyens de refuser l'entrée des bâtiments universitaires à la police.

En organisant l'instruction et en la rendant obligatoire pour tous l'État remplit ce qui est par excellence une fonction sociale. Celle qui devrait avant tout échapper à la puissance politique, car il s'agit ici de bien autre chose que d'efficacité matérielle : des hommes, et de leur liberté. Dans la Chrétienté l'enseignement était le fait de l'Église, dans une société laïque le droit de former la jeunesse revient à chaque groupe et à chacun : dans la mesure où la vie dans un même pays leur impose un accord, l'instruction publique ne peut être que le fait d'une institution autonome où tous sont représentés. Une telle institution est si naturelle à l'homme que l'Université d'état elle-même tend constamment à redevenir cette société dont les membres ne connaissent que des devoirs vis-à-vis de leurs élèves et d'eux-mêmes.

L'enseignement d'État, obligatoire et gratuit (ndlr : lire notre article sur cette tromperie d' "école obligatoire".). Rien ne semble plus légitime à l'individu moderne ; et s'il devait définir le progrès humain, plus que par l'industrie ou l'hygiène, il le définirait par l'extension de l'instruction publique. Et pourtant, quittant le terrain des principes, jugeons-la sur les faits. Peut-on dire au vu de ses résultats que l'extension de l'instruction publique ait réellement aidé l'homme à devenir meilleur ? S'est-elle préoccupée de forger son caractère et sa volonté ? A-t-elle éveillée en lui un sens plus vif des fondements de son existence ? En lui apprenant à lire et à écrire, lui a-t-elle appris à penser par lui-même ? Ces questions sont stupides et ne comportent pas de réponse, car elles n'ont même pas été posées. Pour le XIXe siècle, il était bien évident que le progrès humain devait nécessairement aller de pair avec celui de l'instruction et des connaissances. Et il a ainsi préparé un nouveau type d'analphabète, la brute au cerveau bourré de mot, bloqué par l'imprimé : le lecteur du journal, l'intoxiqué de propagande.

Cela parce qu'il ne s'agissait pas d'élever l'homme. Sinon, pourquoi cet unique souci d'instruire ? L'instruction publique fut un progrès politique. En France, son programme conçu par la Révolution a été réalisé par Bonaparte ; et dès le début, il fut question moins de libérer que de combattre un adversaire en formant la jeunesse : qu'il ait nom Église ou esprit critique. L'État n'a bâti l'énorme appareil de l'instruction publique que parce que l'instruction lui était une condition nécessaire, au même titre que les chemins de fer ; dans la rapidité et la continuité de son développement, elle porte la marque de l'inévitable. Pour l'armée il fallait des soldats capables d'utiliser les machines et de lire les ordres ; pour l'activité économique une masse chaque jour plus nombreuse d'ouvriers qualifiés et de techniciens ; et un peuple de lecteurs pour la propagande. C'est grâce à l'instruction généralisée qu'à pu se constituter une civilisation de l'imprimé : celle du code, du bureau, du journal, où la forme écrite se substitue de plus en plus pour l'homme à l'expérience directe de la réalité.

Lire la suite : Ce très cher Bernard Charbonneau sur l'École d'État 

Henri Guillemin - « L'affaire Jésus »

l'affaire jésusJe voudrais tenter de définitivement rapprocher l’anticléricalisme anarchiste (Ni Dieu…) d’un christianisme anarchiste (Pas de soumission en vue). Il faut les rapprocher puisque leur conflit est inutile et leurs plus hautes exigences identiques : universalisme et liberté totale. L'internationale du genre humain est portée par les deux : de la même manière !

Pour effectuer ce rapprochement, le livre « L'affaire Jésus » écrit par Henri Guillemin en 1982 nous est bien utile.

Alain a, certes, raison : « C'est l'anarchie, cet extrême de gauche, qui fait vivre toute la gauche. Et c'est l'esprit monastique, foudroyé d'obéissance, qui fait vivre toute la droite. »
Mais il faut bien comprendre où se loge la détestation de l'anarchiste ou du marxiste envers les croyants. En l’occurrence, dans l’utilisation de l’idée de Dieu, du Christ et des religiosités à des fins de domination pures, de soumission et d’abrutissement. L'erreur, souvent commise par l'extrême gauche, est donc de ne point croire ou difficilement à l'existence possible de sincères croyants anarchistes. C'est à dire en l'existence de croyants insoumis à l'ordre établi par les hommes, des croyants qui ne souffrent aucunement de cet idiot amalgame entre le Roi des cieux et le Roi sur Terre (au contraire, tout est même basé chez eux sur la différence entre les deux).

Et donc, il est bien là le problème, dans cet amalgame entre le pouvoir terrestre et le pouvoir divin. La royauté l'avait d'ailleurs bien compris ! Mais il ne faut pas oublier du même coup tous ceux qui ne tombent pas dans le panneau ! Et Raoul vaneigem et autres anarchistes, tout en disant des choses importantes et vraies, les oublient souvent : « C’est toujours le principe de la souffrance utile et du sacrifice consenti qui constitue la base la plus solide du pouvoir hiérarchisé. Quelle que soit sa raison invoquée, monde meilleur, au-delà, société socialiste ou futur enchanteur, la souffrance acceptée est toujours chrétienne, toujours. »
Ce que Vaneigem ne semble pas savoir c'est que la souffrance acceptée par le "vrai Chrétien" (l'Anarchiste) n'est que celle engendrée par son insoumission à l'ordre inique établi. Ou encore (toujours Vaneigem dans son traité) : « Et tout l’esprit chrétien est là, qui s’est donné rendez-vous, il caresse la souffrance comme un bon chien, il diffuse la photo d’hommes écrasés et souriants. « La raison de l’armoire est toujours la meilleure » laissent entendre des milliers de livres publiés chaque jour pour être rangés dans l’armoire. Et cependant tout le monde veut respirer et personne ne peut respirer, et beaucoup disent : « Nous respirerons plus tard », et la plupart ne meurent pas, car ils sont déjà morts. ». Cher Raoul, et que fais-tu des Chrétiens qui défoncent quotidiennement l'armoire ?!

Guillemin s'insurge donc également dans L'Affaire Jésus :
« Je souhaiterais que l'on en finît avec ce clivage insane qui voit en tout croyant un « réactionnaire » et qui voudrait nous faire prendre pour des gens de gauche, et Voltaire, l'ami des « despotes éclairés », et ce Diderot, qui, rédacteur de l'article « Représentants » dans l'Encyclopédie, n'admettait, pour « représenter» le peuple au sein d'une assemblée nationale, que les seuls propriétaires. Parce qu'il croyait en Dieu, Jaurès était-il donc un homme de droite ? » p. 115 (les numéros de pages correspondent à l'édition en Folio)

Le croyant étant également souvent opposé au marxisme, Guillemin interpelle le marxisme :
« Le marxisme oublie que le Nazaréen (ndlr : Jésus) a dénoncé le mensonge de qui prétend « aimer Dieu » en demeurant indifférent au sort du prochain, et qu'il a parlé de cette réclamation, en nous, de la Justice comme d'une « faim » et d'une « soif ». Ne peut se dire chrétien l'homme qui prend son parti de l'iniquité ; et qui sait si la violence même n'est pas, en certains cas, et très littéralement, une « forme indignée de l'amour », une intolérance maximale de l'injustice et des maux qu'elle engendre ? Graham Greene, dans les comédiens, fait parler un jeune prêtre d'Amérique latine : « La violence est une imperfection de la charité, mais l'indifférence est la perfection de l'égoïsme »; et un autre de ses personnages, un médecin, lui, incroyant, déclare qu'il « aimerait mieux avoir du sang sur les mains que de l'eau de la cuvette de Ponce Pilate».
Il y a deux violences, et l'on feint trop souvent, chez ceux qui s'intitulent eux-mêmes « les honnêtes gens » - ou les « gens de bien » - de ne pas s'en apercevoir : la violence sporadique et convulsive des victimes, et la violence permanente, institutionnelle, des régimes qui maintiennent l'ordre au moyen d'une police terrifiante et d'une armée dont les mitrailleuses et les chars sont là pour rappeler aux asservis le devoir d'obéissance.» p. 113-114.

(La proximité de ce propos ci-dessus avec un autre d'Henri Laborit est stupéfiante : nous en parlons ici). 

Guillemin effectue aussi ce rappel essentiel des chrétiens qui s'ignorent par rapport à ceux qui ne s'ignorent pas mais qui n'en sont pas :
« A propos des « chrétiens », comme on dit, « qui s'ignorent», Péguy évoquait aussi ces quantités de « chrétiens » écrivait-il, « qui ne s'ignorent pas, mais qui ne sont malheureusement pas chrétiens». (...) Mauriac traça ces lignes, concernant Jésus-Christ : « Beaucoup, qui croient le haïr, n'ont jamais cessé de l'aimer, et beaucoup, qui font profession de le servir, n'ont jamais su qui il était.» Valent cent fois mieux, disait Tolstoï, ceux qui « écoutent Dieu sans le savoir » que ceux qui, prétendant le connaître, se conduisent « comme s'ils ne l'avaient jamais connu ». p. 119.
Concernant les faux chrétiens, Guillemin ajoute page 124 : « Croire parce que l'on croit autour de soi, ce n'est qu'une foi sociologique ». Et en note de bas de page figure une idée très importante pour ceux qui en sont restés au stade du rejet adolescent : « Il n'est pas impossible d'aimer le Nazaréen (ndlr : Jésus) et de vouloir le suivre après avoir été dressé à le faire ; mais à condition d'avoir remis en cause cette croyance reçue et de l'avoir muée en une adhésion qui ne doit plus rien à l'hérédité et au milieu. »

Dans l'ensemble du livre, Guillemin explique très bien en quoi les vrais croyants, ces chrétiens anarchistes comme je préfère les appeller n'ont finalement rien à voir avec les 2000 ans de bêtises qui ont suivis et que donc juger leur foi à l'aune de ces 2000 ans est stupide.
P. 134-135 : « Parce que si « le message parfois, se voile la face en traversant le messager », il existe, il demeure, ce message, toujours présent, toujours crédible. Parce que, trahissant et retrahissant la Parole qu'elle avait mission de répandre, l'Institution, en même temps, conservait intacte cette Parole qui la condamnait. » 
Page 127 : « Durant des siècles, et tant qu'elle a pu conserver au clergé les faveurs du pouvoir civil, l'Église s'est faite obstinément complice d'une organisation sociale qui sacralisait l'iniquité.»

Dans L'affaire Jésus, Guillemin nous explique "rationnellement" sa foi en Dieu :
P. 93 : « Alfred Kastler déclare qu'il ne saurait guère concevoir « un programme sans programmateur ». Pourquoi refuser le mot « Dieu » pour nommer l'intelligence organisatrice dont la biologie elle-même conduit à deviner l'existence ? » Guillemin cite dans le même but Claude Bernard: « L'évolution répond à une idée directrice.»
Plus loin, p. 94, Guillemin ajoute : « Si la pensée a émergé de la matière, c'est qu'elle s'y trouvait incluse, latente, virtuelle, déjà obscurément présente. D'où la formule d'Engels (...) : « La matière pense ».
Enfin toujours p.94 : : « L'idée, comme on voit, d'une force créatrice, organisatrice et directrice qu'il n'est pas défendu d'appeler « Dieu », les progrès de la science sont loin de la proscrire.
P. 99 : « De même que l'existence dans notre corps d'un système respiratoire ne s'y trouve que parce qu'il y a un air à respirer, de même cette « aspiration » dont les témoignages sont partout, prouve qu'y correspond une réalité ; car on ne saurait désirer que ce dont on a déjà un commencement de possession.»
P. 100 : « Il faut, pour désirer, une connaissance directe, mais insuffisante, mais imparfaite; une pré-connaissance, un pré-sentiment, sans quoi l'élan ne saurait naître. L'élan répond à un appel. Appel d'air. Aimantation. Quelque chose en nous sait Dieu comme la boussole sait le pôle. Et là où Pascal dit « connaissance du coeur », je préfère connaissance par contact.»

Chemin faisant, Guillemin nous révèle sa croyance en l'après :
P. 136 : « Jaures disait publiquement : « Je crois, d'une foi profonde » que la personne humaine « se survit selon ce qui est sa forme propre», préservée qu'elle est de l'abolition par « cet infini même », dont elle a connaissance au centre de son identité.»
P. 140 : « Je pense que si ma foi est illusion, je ne serai même pas déçu puisque tout s'évanouira sans même que j'en aie conscience ; mais si je ne me suis pas trompé, si j'ai eu raison de « croire », ce qui m'arrivera sera passionnant.»

Dans L'affaire Jésus, on trouve aussi des séquences pour mieux comprendre que le dogme n'est rien dans le christinanisme originel mais que le développement de la totalité de son être est tout (et ça c'est très important pour le rapprochement avec les anarchistes).
P. 104 : « L'essentiel de l'enseignement du Christ, dit Tolstoï, c'est d'apprendre à l'homme à se connaître »
P. 105-106 « (...), l'idée force qui me paraît centrale dans l'enseignement du Nazaréen (ndlr : Jésus) : la connaissance de ce qui nous anime et positivement nous constitue dans notre réalité d'homme.
P. 106 : « de Hugo ce conseil, riche d'implication : Homme, « si tu veux savoir le vrai, cherche le juste ».
« savoir aimer, aimer pour de bon, est le seul chemin du contact avec Dieu. »

Concernant la prière, Guillemin nous dit plusieurs choses essentielles :
Premièrement que la prière et le pardon sont synonymes
P. 113 : « comment prier, c'est de pratiquer le pardon, le vrai pardon, celui, pareil à l'oubli, qui ne sait même plus qu'il est un pardon » p. 113
P. 138: Il cite hugo qui dit à « un douteur tenté par le scepticisme, sans forcer la voix : « Votre prière en sait plus long que vous.» »
P. 135 : Il cite également Hugo et ses « bons clochers » et il (Guillemin) parle de son « attrait des Églises pauvres, de ces églises de campagne où se rassemblent, le dimanche, si peu de gens, mais qui ne sont pas là « pour l'exemple », ni par respect d'un code mondain, mais parce que qu'ils aiment à se récueillir ensemble, c'est-à-dire se recentrer ensemble autour de ce qu'ils ont à la fois de plus intime et de plus commun.»
P. 140 il cite Peguy : « Les prières qui ne sont pas dites, les mots qui ne sont pas prononcés», moi, dit Dieu, « je les entends » ; ces obscurs mouvements du coeur, les obscurs bons mouvements, les secrets bons mouvements qui jaillissent inconsciemment (...) et inconsciemment montent vers moi », je les recueille, « dit Dieu », et Peguy fait dire encore, à propos des hommes, au Dieu qu'il imagine et qu'il aime : « Je ne leur en demande pas trop ; je ne leur demande que leur coeur. Quand j'ai le coeur, je trouve que c'est bien. »
Il parle également de la prière quand il parle de Taizé.

Concernant l'âme (que j'ose rapprocher des idées politiques sur la radicalité) :
P. 117 : « L'âme n'est pas on ne sait quelle bulle interne, mal localisable « pleine de substances éthérées » et promise à une ascension d'aérostat, mais la composante radicale, la réalité même la plus authentique de l'être humain. »

Guillemin explique pages 122-123 son aversion pour les frasques du Pâpe, qu'il voit comme une manifestation de la société du spectacle :
« Cette quête des applaudissements, ces manifestations spectaculaires ont si peu de rapport avec ce que peut être la propagation réelle du christianisme d'esprit à esprit, de coeur à coeur, dans le silence et le secret. Me griffe, me blesse l'ambiguïté d'une démarche où l'apôtre est en même temps chef d'État. Le représentant du Nazaréen (ndlr : Jésus) - ce marginal, sans domicile fixe, et ce subversif - est accueilli comme un prince (...). M'est pénible également, cette façon qu'a le Pape Jean-Paul II (...) de brandir intrépidement « les droits de l'homme », quand on sait à quel point l'Église les a piétinés. (...) on ne peut qu'être malheureux de voir déployer, pour les visites de « Sa sainteté », d'énormes moyens publicitaires comme pour le lancement d'un produit.»

Concernant les prêtres p. 129 : « Ces innombrables abandons de prêtres auxquels nous avons assisté, qu'on ne nous dise pas, car c'est faux, qu'ils tinrent, avant tout, à d'incoercibles pulsions sexuelles. Beaucoup ne choisirent point la voie du mariage et presque tous demeurent profondément croyants. Simplement ils n'en pouvaient plus de répéter des phrases qui leur semblaient vides, et d'être devenus pareils à des préposés de « station-service » pour la distribution de « sacrements » magiques. Les chiffres sont là ; chute verticale des ordinations.»

Concernant la "vraie" foi p. 130 : « La foi n'est rien, n'existe pas, si elle ne s'accompagne d'un regard neuf sur la vie et l'emploi de la vie, d'une disposition fondamentale de l'être éveillé, renouvelé, d'un départ intérieur aussitôt traduit en actes. La foi n'est pas un savoir. Le danger du dogmatisme est de substituer à la foi vécue « un ossuaire de concepts» ».

Quelques passages du livre sont plus légers et feraient penser à du Christian Bobin, p. 131 : « Dieu ne se manifeste pas au fracas du tonnerre et dans l'ouragan, mais sa présence est semblable à ce petit souffle, une seconde, dans la paix du jour, qui remue l'herbe, à peine.»

Et voici de quoi nourrir le rapprochement voulu dans cette fiche de lecture, p. 133 : « On a pu lire dans Fêtes et Saisons, en janvier 1981, que « destabiliser l'ordre établi sur l'injustice est un devoir pour les croyants », que « changer un monde injuste » est pour eux « une obligation »

Et face à ces jugements qui semblent définitifs de l'Institution religieuse, Guillemin en arrive à décrire ce qui pourrait bien être une sorte d'exception qui confirme la règle : TAIZÉ, p. 140 : « la liturgie de Taizé. Le contraire de l'hystérie, sur la colline. Pas de transes. Pas de bras levés, ni de cris : « Jésus Jésus ! » Une vie intérieure. Un approfondissement de soi-même. Prier, pour moi, c'est avant tout une attestation muette ; ceci, sans paroles : « Je ne sais que vous dire, Seigneur, sinon que je consens, que je veux être, tâcher d'être, moins égoïste, moins attaché à tout cela, qui n'est pas vous. (...) Vous êtes (...) cette part de nous-mêmes qui ne cède pas aux repliement de la sécheresse, qui veut « servir », qui préfère la générosité, cette part de moi-même qui est vous et par quoi je suis ce que je suis ; une créature humaine. ».

Et sur une définition de Dieu, p. 141 :
« la totalité vivante de ce que nos balbutiements appellent justice, solidarité, bonté, amour. »
Et sur Jésus, p. 142 :
« qui révèle : « toute la quantité de Dieu que peut contenir un homme ».

On peut retrouver les nombreux élans de Guillemin dans L'affaire Jésus dans le texte bouleversant lu intitulé Ma conviction profonde :

http://www.rts.ch/archives/radio/culture/ma-conviction-profonde/3643822-conviction-profonde-21-10-1962.html

Et dans la vidéo suivante où Guillemin se livre, il y a plein de belles choses également, on peut l'entendre parler notamment de Taizé et on peut y entendre que le livre L'affaire Jésus est sur l'ouvrage :

Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations

traité de savoir vivreCe livre a joué un rôle dans l'apparition de mai 68. Il est donc de première importance. Vaneigem est aussi l'auteur de l'avertissement aux écoliers et lycéens dont nous parlons souvent sur ce site et de la chanson "La vie s'écoule" que Philippe entonne lors de nos conférences.

Le traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes génération est disponible ici.

En voici quelques pépites ci-dessous mais si vous en voulez plus, je vous offre un relevé de citations que j'ai effectué beaucoup plus conséquent et mis en page, il vous suffit de cliquer ici.

***

« Sous l'écorce des mots et des concepts, c'est toujours la réalité vivante de l'inadaptation au monde qui se tient tapie, prête à bondir. Parce que ni les dieux ni les mots ne parviennent aujourd'hui à la couvrir pudiquement, cette banalité-là se promène nue dans les gares et dans les terrains vagues ; elle vous accoste à chaque détour de vous-même, elle vous prend par l'épaule, par le regard ; et le dialogue commence. Il faut se perdre avec elle ou la sauver avec soi.»

« Il ne s'est pas trouvé le 14 juillet, assez de liberté sur les ruines du pouvoir unitaire pour empêcher les ruines elle-mêmes de s'édifier en prison.»

« Ceux qui parlent de révolution et de lutte de classes sans se référer explicitement à la vie quotidienne, sans comprendre ce qu'il y a de subversif dans l'amour et de positif dans le refus des contraintes, ceux-là ont dans la bouche un cadavre.»

« Il n'y a, pour fonder une réalité nouvelle, d'autre principe en l'occurrence que le don.»

« Devenir aussi insensible et partant aussi maniable qu'une brique, c'est à quoi l'organisation sociale convie chacun avec bienveillance. »

« Démocratisé en fonctions publiques et en rôles, le principe monarchique surnage le ventre en l'air comme un poisson crevé. Seul est visible son aspect le plus repoussant. Sa volonté d'être (sans réserve et absolument) supérieur, cette volonté a disparu. Au défaut de fonder sa vie sur la souveraineté, on tente aujourd'hui de fonder sa souveraineté sur la vie des autres.»

« Il n'existera qu'un commune damnation tant que chaque être isolé refusera de comprendre qu'un geste de liberté, si faible et si maladroit soit-il, est toujours porteur d'une communication authentique, d'un message personnel adéquat. La répression qui frappe le rebelle libertaire s'abat sur tous les hommes. (...). Partout où la liberté recule d'un pouce, elle accroît au centuple le poids de l'ordre des choses. »

« Nous voici quelques-uns épris du plaisir d'aimer sans réserve, assez passionnément pour offrir à l'amour le lit somptueux d'une révolution.»

L'École contre la vie, par Edmond Gilliard - 1944

lecolecontrelavieJe viens d'OCRiser le livre d'Edmond Gilliard : « L'École contre la vie » qui reste relativement difficile à trouver et je l'ai mis à disposition ici.

Je choisis un extrait qui dit aussi bien la difficulté de notre mouvement que le caractère monstrueux du Léviathan Éducation Nationale.

« L'école ne bougera pas. On peut, à certains moments, croire qu'elle se met en marche. Elle tourne seulement sur son pivot et ramène sa face inchangée. Elle dispose d'une souveraine puissance : l'inertie. Je suis rendu ; j'ai mal aux articulations, comme si j'avais déchargé des bordées de coups de poing dans un sac de sable. Je suis dégoûté de frapper sur du sourd. Cela devient une impression de cauchemar.
Il y a des siècles que l'école bouffe des claques. Plus on la fouette, plus elle s'engraisse ; et des coups mêmes. Elle se nourrit impudemment de la substance des généreuses indignations quelle suscite. Elle plonge son gobelet dans le torrent des invectives, et se gargarise. Quelques coups de glotte suffisent, et l'amertume du tonique s'évapore, tout ce qu'elle avale est devenu guimauve. Ce qu'elle a ingurgité de vérités est inimaginable, ce qu'elle a rendu de sornettes est incalculable. Sa panse est une usine à avortements. Ce qui y pénètre en foudre en ressort en fumée. Le tonnerre y finit en vesse. Son pouvoir de communiquer l'impotence est quasi prodigieux ; il y a de quoi épouvanter toute bravoure de vie.
Sa faculté d'absorption désanimatrice et de regorgement désappétissant s'exerce de préférence sur les objets qui semblent doués de la virulence la plus hostile. Non seulement l'école se repaît béatement du mal qu'on dit d'elle, mais elle en fait une pâtée qu'elle offre avec un empressement marqué, sûre qu'elle est des effets anéantissants de son admiration calculée, et des mortelles conséquences de sa révérence.
Dès que son propos consent, le meilleur mot s'écœure.
Dire que c'est l'école qui enseigne Rabelais, Montaigne ou Rousseau !... Il n'y a pas (si de pareils mots peuvent se joindre) de plus triomphante démonstration de la monstrueuse puissance de sa fadeur infectieuse. Son trou à parlote est l'entrée du gouffre où l'univers s'abîme dans l'insignifiance.

(...) On ne renversera l'école qu'en soulevant et en retournant le monde. Seule une secousse universelle décollera de la peau des enfants ses mains grasses d'huile rance, et son suçoir à baisements pernicieux ; seul un déchaînement de l'ouragan cosmique des résurrections originelles pourra lutter contre le vent stupéfiant que, depuis des siècles, tant d'ailes de vampires entretiennent sur le front des élèves comateux. » Edmond Gilliard

sensortird

Crédit Photo originale : Par Khoyobegenn