I) « Tout mouvement de libération de l'homme ne saurait plus passer maintenant que par une déscolarisation.»

Ivan Illich

II) « L'oppression des enfants est première, et fondamentale. Elle est le moule de toutes les autres. »

Christiane Rochefort

III) « Quels enfants allons-nous laisser à la planète ? »

Jaime Semprun

IV) « Non plus créer des écoles alternatives, mais des alternatives à l’école »

John Holt

V) « Notre principale menace aujourd'hui est le monopole mondial de domination scolaire sur l'esprit des hommes. »

Everett Reimer

VI) « Ce qui me paraît le plus insupportable, c'est que l'école me séparait de moi-même. »

Christian Bobin

VII) « Plus l’homme se connaît par la voie officielle, plus il s’aliène »

Raoul Vaneigem

VIII) « Je perçois l'école non pas comme une institution qu'il faut réformer et perfectionner, mais comme une prison qu'il faut détruire. »

Cornélius Castoriadis

IX) « Ce qui abrutit le peuple, ce n'est pas le défaut d'instruction mais la croyance en l'infériorité de son intelligence. »

Jacques Rancière

X) « Prisonnier de l'idéologie scolaire, l'être humain renonce à la responsabilité de sa propre croissance et, par cette abdication, l'école le conduit à une sorte de suicide intellectuel. » Ivan Illich

XI) « Les hommes qui s'en remettent à une unité de mesure définie par d'autres pour juger de leur développement personnel, ne savent bientôt plus que passer sous la toise.» Ivan Illich

News

COUV NEXUS 108 WEBOn parle de nous (interview) dans le numéro 108 de Nexus de Jan/Fév 2017

Dossier « Déscolariser la société »

moinsOn a participé au dossier sur la déscolarisation du numéro 24 (août/sept 2016) du journal romand d'écologie : - Moins

L'école de la peur (texte complet)

ecoledelapeur

Attention aux méprises !

Nous ne sommes pas pour l'Instruction En Famille (IEF) sauf comme solution temporaire, celle-ci est inégalitaire et faire la part belle à une autre institution de l'ordre adulte presqu'autant problématique que l'école (si ce n'est plus !) Pourquoi toujours penser les choses en terme de systèmes fermés ?

Notre revendication se situe sur les communs et un monde ouvert : établir des écoles libres (chacun est libre d'y aller quand il veut), égalitaires (chacun peut intervenir pour enseigner), communales, citoyennes, gratuites, débarrassées de l'État, dans les espaces publics et communs, autogérées.

Bibliographie déscolarisation

Une société sans école
Ivan Illich
Mort de l'école
Everett Reimer
Le maître ignorant
Jacques Rancière
Comme des invitées de marque
Léandre Bergeron
Les apprentissages autonomes
John Holt
Pour décoloniser l'enfant
Gérard Mendel
Avertissement aux écoliers et aux lycéens
Raoul Vaneigem
Apprendre sans l'école
John Holt
Et je ne suis jamais allé à l'école
André Stern
La fin de l'éducation ? Commencements.
Jean-Pierre Lepri
Insoumission à l'école obligatoire
Catherine Baker
L'école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure
Jean Foucambert
De l'éducation
Jiddu Krishnamurti
Pour l'abolition de l'enfance
Shulamith Firestone
L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace ?
Anne Querrien
L'enfant et la raison d'Etat
Philippe Meyer
Le pédagogue n'aime pas les enfants
Henri Roorda
Les enfants d'abord
Christiane Rochefort
Les cahiers au feu
Catherine Baker
La fabrique de l'impuissance 2, l'école entre domination et émancipation
Charlotte Nordmann
La fabrique scolaire de l'histoire
Laurence de Cock et Emmanuelle Picard
L'école contre la vie
Edmond Gilliard
Libres enfants de Summerhill
A.S. Neill
Soumission à l'autorité
Stanley Milgram
Si j'avais de l'argent, beaucoup d'argent, je quitterais l'école
Une éducation sans école
Thierry Pardo
La véritable nature de l'enfant
Jan Hunt
C'est pour ton bien
Alice Miller
L'herméneutique du sujet
Michel Foucault
Ni vieux ni maîtres
Yves Le Bonniec et Claude Guillon
L'individu et les diplômes
Abel Faure
La domination adulte
Yves Bonnardel
Encore heureux qu'on va vers l'été
Christiane Rochefort
S'évader de l'enfance
John Holt
Inévitablement (après l'école)
Julie Roux

Article en avant

mamandeserie

Global larcin

Le monde est un grand larcin, un grand accaparement très diversifié, chacun son butin :

Les Élus volent le pouvoir.

Les universitaires volent l'université.

Les professeurs volent l'apprendre.

Les bibliothécaires volent les bibliothèques.

Les propriétaires volent la terre.

Les patrons volent la force de travail.

Les médecins volent la médecine.

Les médias volent l'information. ... etc. (S.R.)

Scolarisation du monde (le film)

schooling the worldAvec sous-titres Fr (bouton CC)

Outil n°1 pour lever le voile

etymosvignette

Les deux faces de la même médaille

mairieecoled

Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans un onglet

Article du 30/08/2015

Un document exceptionnel !

millecitations

Nos liens Illustrateurs

Émissions en direct sur une radio locale

LE MONDE ALLANT VERS..., un jeudi sur deux à 19h30, sur la petite radio locale : RADIO GRÉSIVAUDAN.

Vous pouvez écouter ces émissions en rejoignant le site internet de Radio Grésivaudan ou en ouvrant votre radio sur la bonne fréquence.

Générique de l'émission :

Participez en direct en appelant le :

04 76 08 91 91

Accéder aux archives des émissions sur le site de Radio Grésivaudan.

Et si la cause des causes était l'absence d'architecture spirituelle chez chacun ? --> Ecoutez l'émission sur "La Citadelle" :

Fallait oser...

« L'enfant a droit à une éducation gratuite et obligatoire. »

Charte des droits de l'enfant de l'UNESCO

Bossuet nous disait :

« Il n'y a point de plus grand obstacle à se commander soi-même que d'avoir autorité sur les autres. »

 Professeurs, déscolarisez-vous !

« Les enfants ne sont pas seulement extrêmement doués pour apprendre; ils sont bien plus doués pour cela que nous. En tant qu'enseignant, j'ai mis beaucoup de temps à le découvrir. J'étais un enseignant ingénieux et plein de ressources, habile à élaborer des séquences de cours, des démonstrations, des outils de motivation et tout ce galimatias. Et ce n'est que très lentement et douloureusement - croyez-moi, douloureusement ! - que j'ai réalisé que c'était quand je me mettais à enseigner le moins que les enfants se mettaient à apprendre le plus. »

John Holt

Corollaire ou conclusion de cette idée de Holt : si on enseigne à l'E.N., c'est donc pour propagander, détourner, aliéner.

Sur le refus de parvenir

« Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Flaubert

*****

« Si nous voulons un monde nouveau, comment accepter de grimper, d'être reconnu par des institutions du vieux monde ? »
Marianne Enckell

Autres citations sur le refus de parvenir

Le corps enseignant ?

On parle toujours du « corps enseignant », mais jamais de son âme... C'est parce qu'il n'en a pas. Et s'il en avait une, ce serait évidemment celle, noire et vicieuse, de Jules Ferry.  S.R.

julesferryamenoireVoici le monsieur qui s'occupe de vos enfants !

descoetdroit

« L'éducation, avec son fer de lance qu'est le système de scolarité obligatoire, avec toutes ses carottes, ses bâtons, ses notes, ses diplômes et ses références, m'apparaît aujourd'hui comme la plus autoritaire et la plus dangereuse des inventions humaines. C'est la racine la plus profonde de l'état d'esclavage moderne et mondialisé dans lequel la plupart des gens ne se sentent rien d'autre que producteurs, consommateurs, spectateurs et fans, motivés de plus en plus, dans tous les aspects de leur vie, par l'appât du gain, l'envie et la peur. »

John Holt

Lien vers des centaines d'autres citations sur le sujet (mis à jour une fois par mois)

 

Réponse à Clément Fleith et Adrien Bellay

TAMISMerci d'avoir pris le temps de critiquer notre critique du film l'Éveil de la permaculture. L'étymologie de critique nous ramène vers l'idée de passer au tamis. Ainsi donc voici: la critique de la critique de la critique! Le film et l'idée de permaculture triplement passés au tamis, ce qui permet de dégrossir de façon substantielle le sujet qui nous intéresse, à savoir déjouer le piège tendu face à la permaculture, sa récupération par la sphère marchande plutôt que l'émancipation de tout un chacun.

Nous ne sommes délibérément pas d'accord sur un point. Vous êtes libres du choix pris pour présenter la permaculture, qui est celui de la formation. Mais selon nous cette approche n'est pas neutre, ce n'est pas une simple porte d'entrée qui permettrait d'accéder à la connaissance de la permaculture avec « une approche pédagogique », « des extraits de cours », pour « définir les concepts clés de la permaculture en nous servant de ces formations ». Selon nous, cet axe choisi contient en lui-même d'immenses problématiques. Il vous paraît également paradoxal que l'on se positionne à la fois contre les « Cours en Design en Permaculture » ou « PDC » et contre l'institutionnalisation de la permaculture. Et vous écrivez pour justifier cela: « Le cours en design en permaculture n'est pas né de la dernière pluie. Élaboré par Bill Mollison et David Holmgren eux-mêmes [amen!], il est dispensé dans le monde entier. C'est un programme universel de 72H et qui évolue au fil des années (...). Il pose un cadre pour définir ce qui doit être pris en compte lors de la transmission du savoir. (...) L'Université Populaire de Permaculture a été mise en place pour s'assurer de la qualité des cours délivrés, de l'expérience de l'enseignant et justement pour éviter les déviances ».

« Mais qui arbitre ceux qui veulent arbitrer ? » demande Keny Arkana ...

Il y a une grande puissance néfaste à ce qu'une poignée de personnes statuent que LA définition de la permaculture est celle donnée par Mollisson et Holmgrem, et de s'en proclamer détenteurs, certifiés, conformes, autorisés pour transmettre cette pensée. Pour plusieurs raisons: d'abord parce que beaucoup de personnes ont pu lire Mollisson et Holmgren sans avoir de « P.D.C », et en quoi leur interprétation serait-elle moins valable que celle des membres de l'U.P.P ?

Ensuite et surtout, parce que le diplôme et le contenu de la formation verrouillent la permaculture, la normalisent, lui donnent un contenu précis, qui se sclérose, car immuable. Et si le contenu évolue, « la permaculture intègre aujourd'hui par exemple de notions d'économie » (!!!) qui décide de ce qui peut s'intégrer ou non dans cette évolution?

La permaculture est une idée, donc libre d'interprétation, d'application et de mise en pratique. On peut évidemment remercier, reconnaître les travaux de Mollisson et Holmgren et s'en inspirer, mais de là à la sanctuariser dans un diplôme, c'est faire mourir la force vive contenue dans l'idée même de permaculture. Ces deux personnes ont fait un immense travail d'observation, d'expérimentation et de théorisation, remis à l'humanité comme base d'une oeuvre collective à continuer. Quel sens à tout cela si l'on ne peut pas, librement, s'en emparer, examiner, soupeser, critiquer, et continuer à étoffer la recherche en s'autorisant des digressions, des interprétations nouvelles, sans que celles-ci ne soient jugées « déviance » par un organisme auto-proclamé conforme aux premiers écrits, qui contrôlerait à son propre profit l'usage que l'on pourrait faire de la permaculture. Quelle pauvreté pour la pensée et l'expérience que tout cela!!! Sans compter que  nous ne pouvons pas ignorer non plus le conflit d'intérêts évident qui existe, dans le fait de dispenser des formations payantes et d'instituer une formation avec d'un côté ceux qui peuvent former et qui donc seront rémunérés, et les autres...

En ça il n'y a aucun paradoxe entre « P.D.C » et institutionnalisation de la permaculture, mais au contraire une logique implacable « en marche ». L'institutionnalisation, sous la forme qu'elle revêt aujourd'hui, c'est exactement ça: un organisme extérieur qui contrôle et valide si telle définition, telle pratique est conforme, légale, valable ou non. Elle fait figure d'autorité, avec des « spécialistes » qui donnent crédit à tel ou tel courant de pensée, qui dispensent des formations; implicitement cette configuration implique des « déviants », ceux qui n'appartiennent pas à la communauté restreinte et élitiste des sachants, ni à celle plus vaste et docile des apprenants qui tend à vouloir prendre la place des premiers ou tout au moins à se hisser à leur niveau. La parole de ceux qui ne se reconnaissent dans aucun de ces rôles est écartée, infériorisée, discréditée, oubliée, méprisée d'autant plus si elle prend le contre-pied des doctrines en vigueur. C'est la structure même de notre société, pyramidale, hiérarchisée à outrance; et la permaculture, dont les principes reposent pourtant sur l'interdépendance, les synergies et les interactions multiples, engoncée dans le P.D.C et sa relation maître/élève, n'échappe aujourd'hui pas à ce piège et contribue à perpétuer ce modèle!

Une institution pourrait fonctionner autrement, cette structure n'est pas une fatalité historique... Elle est le résultat de la confiscation du pouvoir par un petit nombre, négligeant la participation de tous à la vie publique, dans tous les domaines de l'existence, afin de favoriser des intérêts privés au détriment du bien commun.

Nous reprenons presque quotidiennement les termes d'Ivan Illich qui parle de « scolarisation » du monde pour mettre en lumière la façon dont les institutions - à commencer par celle de l'école- prennent en main nos existences et définissent pour nous ce que sont la médecine, la politique, l'histoire, l'agriculture, le travail... Voyez-vous le lien avec la permaculture et les « P.D.C?» ??? Nous sommes des êtres scolarisés. Notre pouvoir créateur, novateur, nous est confisqué au profit de ceux qui savent et nous en sommes réduits à l'état d'ignorants perpétuels, ou contrôlés via le diplôme ou diverses validations. Nous pourrions pourtant nous réunir librement, de manière égalitaire, et partager nos connaissances respectives et nous enrichir mutuellement. Mais la structure de l'apprentissage aujourd'hui est toute autre et empêche l'émergence de ce modèle-là.

Aussi vous vous trompez quand vous dites que l'U.P.P fonctionne de manière horizontale. Si aujourd'hui je souhaite rejoindre la liste des formateurs en permaculture on exigera de moi le P.D.C pour m'aligner aux connaissances prétendument exactes concernant la permaculture, à la manière d'un parti politique qui a monopolisé la permaculture, ou comme les premiers bénéficiaires du droit de vote qui votaient sous réserve d'avoir suffisamment d'argent pour participer à la vie politique...

Vous dites que ce diplôme permet de transmettre fidèlement l'essence même de la permaculture et d'éviter les récupérations, comme l'agriculture biologie et l'agro-écologie ont été récupérées, mais je pense que cette main-mise sur la permaculture n'évite en rien la récupération et même l'encourage. Ce qui manque réellement pour éviter la récupération de la permaculture, c'est un contre-poids citoyen, une vigilance et un contrôle de chacun d'entre nous, et non de manière isolée mais collective, sur les manoeuvres de nos dirigeants qui tenteront dès que possible d'encourager l'usage de tel ou tel produit phytosanitaire, proposeront des formations orientées vers une logique implacablement économique -comme d'ailleurs la Ferme du Bec Hallouin, copieusement subventionnée, fait vitrine de cette orientation marchande aujourd'hui.  Quelle maladie de vouloir à tout prix mesurer la pérennité d'un mouvement par sa réussite professionnelle et commerciale, alors que cela au contraire démontre sa récupération par un système de pensée délétère basé sur l'échange marchand plutôt que sur la relation d'égal à égal! Je vous invite à lire à ce sujet l'article que j'ai écrit il y a quelques temps: La permaculture, vous en vivez?

La permaculture tend vers l'entraide, la disparition progressive de l'argent, de la compétition, vers la reconstruction d'une société digne de ce nom, où nous sommes reliés les uns aux autres sans vendre nos compétences, mais en les partageant pour le bien de tous...

Nous en arrivons à l'immense écueil de l'argent...

Car notre critique de l'argent se situe au delà du simple « les formations sont payantes, et c'est mal ». De fait, aujourd'hui, la posture couramment adoptée est celle de considérer que c'est une force neutre qu'on utilise à bon ou mauvais escient. Or, chaque pièce de monnaie que nous échangeons contre un service ou un bien, une formation en permaculture ou un kilo de tomates bio, a été frappée par une banque privée, et qu'on le veuille ou non, contribue à son fonctionnement, et à la logique de concurrence sans pitié qu'elle programme.

Une petite plongée dans l'histoire me paraît ici importante pour prendre du recul sur nos pratiques commerciales de tout ordre, et voir à quel point elles  répondent à la mise en place d'un mécanisme précis au détriment de chacun d'en nous. Depuis 1791 et la récupération par les bourgeois de la révolution, l'histoire est celle de l'installation progressive au pouvoir des industriels, grands propriétaires et financiers, par à coup successifs, leur monopole s'enracinant toujours plus profondément avec les répressions sanglantes des mouvements contestataires du peuple face à l'injustice et l'oppression, et la mise en place d'organisme de contrôles toujours plus puissants pour éviter les débordements et l'expérimentation de pratiques non conformes aux intérêts privés. En 1830 l'industrie privée explose à la manière d'un feu d'artifice et monopolise sans remords tout l'espace, en s'octroyant par exemple la gestion des chemins de fer... Cette manoeuvre n'échappe pas à certains esprits éclairés, qui dénoncent l'iniquité d'une telle situation et élaborent des techniques pour émanciper le peuple, le libérer de la concurrence odieuse qui pousse chacun à se vendre au plus offrant. Avec le développement de l'industrie, la condition des travailleurs se dégrade comme jamais dans l'histoire: les ouvriers vivent parqués dans des caves, travaillent, tout âges confondus, de douze à quinze heures par jour. Les femmes perdent en couche leurs enfants tant elles sont épuisées et malmenées.

 On comprendra sans mal qu'en colère, épuisés, les ouvriers aient été porter leurs réclamations au hommes de pouvoir en place. Face à la détermination et à la colère de ceux-là, ces messieurs encostumés prirent peur et concédèrent au peuple l'ouverture des ateliers nationaux, sensés porter coup fatal à l'entreprise privée, puisque la logique n'était pas celle de la concurrence mais de l'entraide. Mais sitôt l'occasion présentée, le pouvoir ayant mis en oeuvre les moyens de discréditer et de calomnier  les velléités maladives du peuple, et de constituer une armée solide, mit fin à ces réclamations en saignant le peuple pour lui donner une bonne leçon, pour l'inviter à garder sa place! Ce que les livres d'histoire appellent 1ère République n'est autre que l'odieuse manoeuvre des industriels et financiers pour effacer de la carte le peuple et ses revendications égalitaires, et la mise en place d'un régime qui, contrôlé par la presse et l'argent, par la division et la mise en compétition de tous, mit en place le suffrage universel pour créer l'illusion du partage des charges et ainsi, la pérennité de l'entreprise privée et le contrôle du peuple. Je conseille ici la lecture passionnante du livre de Guillemin: 1848 ou la 1ère résurrection de la République. La République, régime tant chanté et vanté par nos institutions depuis notre tendre enfance, qui nous aurait libérée de la monarchie et de la servitude, n'est qu'un simulacre voué à nous tromper, pour maintenir la domination et l'enraciner profondément.

Deux partis se sont affrontés tout au long du XIXè siècle: d'un côté ceux qui prônent la concurrence, profitable à un petit nombre, de l'autre ceux qui revendiquent l'entraide profitable à tous. Le pouvoir étant aux mains des premiers, les seconds furent discrédités, calomniés, saignés jusqu'à épuisement, jusqu'à résignation. Par soubresauts, le peuple a tenté à plusieurs reprises de reconquérir sa dignité, de recréer société là où la concurrence règnait sans partage: chaque fois il fut violemment réprimé. L'institution de l'école obligatoire en 1871, après la dernière révolte populaire matée (La Commune de Paris), vient mettre un point final aux lubies pathologiques de ce peuple qui rêve d'égalité et de partage. « Avec l'école, nous allons clore l'ère des révolutions », exultait Jules Ferry. En programmant l'éducation de tout un peuple selon les idées "républicaines" de compétition, de travail, de concurrence, il modèle chacun à la loi de l'argent et de l'intérêt privé...

Nous sommes tous héritiers de cette sombre histoire, nous portons la peur en nous, transmise par nos ancêtres, dans nos chairs: la fraternité, lorsqu'on la revendique, tue. Nous portons cette vérité au plus profond de nos inconscients, individuels et collectifs, mais l'histoire officielle affiche une autre version, et parle d'émancipation, de progrès, de libération, quand nous sommes devenus les répliques de ce modèle fondé sur la concurrence, quand les liens qui unissait les membres d'une communauté ont été détruit méthodiquement. Chacun voulant tirer son épingle du jeu, on devient des adversaires les uns pour les autres. Un maraîcher peste de voir un confrère -il l'appellera un concurrent- s'installer sur le même marché que lui, quand humainement il devrait se réjouir d'une telle abondance de légumes accessible à tous.  Le modèle économique en vigueur dicte cette conduite. Rien n'est mis en place pour que nous puissions cheminer vers l'entraide, au contraire. S'organiser collectivement menace les intérêts privés; l'éclosion de liens humains durables est empêchée.

Les séquelles de cette histoire ne sont pas seulement physiques; nous actons avec effroi l'extinction des espèces, la pollution sans précédent de tout le globe terrestre, l'impasse dans laquelle la logique même du profit et de la concurrence mènent. Nos esprits aussi sont gravement contaminés par le monopole d'un fonctionnement pervers qui est celui de toute une société après deux cent ans de destruction consciencieuse des liens sociaux, de la fraternité, de l'entraide inhérentes à la condition humaine. Après ce bref balayage sombre de l'histoire, qui nécessiterait une étude approfondie pour que l'on soit conscient de ce qui s'est véritablement tramé tout au long des deux cent dernières années et qui n'est autre que la soumission physique et spirituelle de tout un peuple à l'implacable logique capitaliste, revenons à l'argent, revenons à la permaculture.

 Ce détour m'était indispensable pour montrer à quel point la critique même de l'argent et du mode de relation marchande qui existe aujourd'hui va bien au-delà du simple « le vilain monsieur fait payer trop cher sa formation en permaculture ». Chaque fois que nous utilisons l'argent, nous cautionnons malgré nous un système d'échange délétère mis en place pour nous désunir, nous séparer, nous exploiter. Nous sommes devenus nos propres exploiteurs, et nous exploitons maintenant nos frères humains sur une exploitation agricole! Je ne dis pas que la solution à cet immense problème est simple, je me cantonne à marteler la nécessité d'avoir conscience de l'urgence de cheminer vers la gratuité, en prenant en compte de façon pratique les besoins de chacun. Andy et sa femme disposent déjà de quarante hectares, et vendent des formations de permaculture à des personnes qui ne disposent pas de 100m2 pour jardiner, et qui viennent rêver trois jours sur une terre alors qu'eux-mêmes, au vu des contraintes qui pèsent pour avoir accès au foncier, ne pourront peut-être jamais acquérir? Quand parlera-t-on franchement et ouvertement du partage des richesses, des besoins premiers de chacun, de savoir s'il sont satisfaits ou non, et de mesurer l'usage de l'argent en fonction de ces critères? Quid de la décroissance?

Vous dites dans votre réponse à notre émission de radio: « Dans les faits, les chantiers sont très souvent réciproques et on finit toujours par avoir un retour, du moment que l'on acquiert un terrain -ce qui est d'ailleurs facilité par le réseau ainsi constitué.» Je suis loin de partager votre enthousiasme! Qui parvient aujourd'hui à acheter un terrain, qui peut s'installer et vivre , dans le sens habiter et cultiver, et non pas exploiter et vendre? N'y a-t-il pas de réelles disparités selon les capitaux de chacun, les plus riches ayant accès au « terrain constructible » où ils ont le droit d'habiter, les autres n'ayant accès qu'au « terrain agricole » où il devront justifier d'une activité agricole rémunérée pour avoir le droit de mettre un petit chalet terre-paille, besoin premier d'un être humain, un toit ! Terrain constructible/agricole: aucune des deux solutions n'est satisfaisante, ce duo partitionne la vie en lieu dortoir/ lieu professionnel. Pour que la permaculture puisse se déployer durablement, nous devons nous extraire de ce découpage arbitraire imposé pour nous contraindre toujours plus.

Le problème de l'accès au foncier, des lois qui séparent l'agricole du constructible ne constituent-ils pas une question centrale sur laquelle devrait se pencher urgemment, et avec une attention extrême, l'ensemble de ceux qui veulent voir s'épanouir la permaculture partout, afin de trouver une réponse collective à ce problème qui nous concerne tous, et qui freine l'avancée de la permaculture avant toute autre chose, avant tout problème de compétence, de connaissances, de formation? Ou devrons-nous nous résigner à des solutions individuelles: chacun se débrouille comme il peut, devient formateur en permaculture pour financer l'achat de son terrain, ou se tourne vers la banque pour emprunter, et élaborer un « projet » économique pendant dix ans ou vingt ans, pour vendre des légumes et obtenir ainsi le droit d'habiter un petit bout de terre, moyennant remboursement de crédit à un organisme bancaire qui se frotte les mains de cette mise en application de la permaculture? Et comment appuyer ceux qui font le choix d'outrepasser les lois et d'aménager dignement leur terrain « agricole » sous menace d'expulsion ou de discrédit ? Ne devons-nous pas collectiviser ces questionnements et faire front face à des lois iniques, plutôt que plonger toujours plus profondément dans la logique marchande, ou tout devient soumis aux règles de l'argent?

Je vous rejoins en partie seulement sur l'analyse de la disparité entre un paysan « conventionnel » et un permaculteur. Ces deux définitions se situent dans la sphère marchande et correspondent à un métier, donc à un revenu... Or l'objectif de la permaculture se situe au-delà de la sphère marchande. Le paysan « conventionnel » est évidemment plus « avantagé »  (je parle dans le cadre de la sphère marchande car de manière plus élargie il est soumis comme tout autre à l'esclavage moderne), puisque son activité même est reliée à une économie, donc participe au maintien des banques. Les politiques libérales en place encourageront et subventionneront son activité, avec des disparités énormes selon la taille de « l'exploitation ». La permaculture, en revanche, est plus nuancée: certains souhaitent en effet retirer un petit revenu de leur activité, mais on pressent que l'idée qui sous-tend cela est de s'établir durablement, de s'extraire peu à peu des contraintes liées au monde de l'argent, de créer des réseaux d'entraide. Alors évidemment, on rechigne à subventionner l'autonomie, car il n'y aura aucun retour sur investissement.

Le film fait l'erreur d'associer réussite de la permaculture et réussite professionnelle, alors qu'au contraire l'activité professionnelle est transitoire, ou alors synonyme d'échec de la permaculture, qui n'aura pas atteint ses objectifs d'autonomie. Si l'objectif final est de créer un monde d'abondance et d'entraide qui rendrait obsolète les rapports commerciaux entre nous, un permaculteur qui aurait réussir à monter son activité professionnelle ne serait qu'en chemin vers l'autonomie. La ferme du bec Hellouin qui est l'exemple d'un succès, témoigne pour moi d'une erreur de cible!

Et puis, je pense qu'aujourd'hui nous nous leurrons. Retirer un salaire de la permaculture aujourd'hui, pour un « petit », quelqu'un qui part avec peu de ressource, et sans mécanisation, me parait totalement illusoire au vu de ce que nous avons en face de nous: une concurrence déchaînée, des agriculteurs qui disposent de centaines d'hectares et de machines effroyables qui vomissent des légumes. Nous ne sommes pas de taille à rivaliser avec cette monstruosité. Nous sommes trop petits. Nous nous échinons à construire, à la force de nos mains, isolés les uns des autres sur nos parcelles individuelles, un poulailler, une cave, une cabane, sans mécanisation ou le moins possible. Pendant ce temps un petit nombre accapare une technologie incroyablement complexe qui dérègle toutes les données. Le prix des matières premières est indexé à parir du rendement faramineux de cette machines folles, comment rivaliser avec de telles puissances sinon en s'organisant collectivement? Pour pallier à cette impossibilité, les permaculteurs vendent des stages, des formations, du rêve, mais cette solution nous engage sur la mauvaise pente: c'est le capitalisme qu'il nous faut détruire, non pas s'adapter à lui sans cesse pour garder quelques plumes sur notre dos!

La permaculture doit devenir POPULAIRE: à nous de collectiviser nos besoins, de nous enrichir mutuellement de nos savoirs et expériences respectifs, de construire, sur des espaces dévolus à tous des poulaillers, des jardins, des bibliothèques, des mielleries, des espaces de rencontre, des vergers collectifs, (...). À nous de définir des espaces individuels et d'autres communs, à nous de mettre en place le partage des ressources en nous libérant progressivement du joug de l'argent, en prenant en compte les réalités d'aujourd'hui sans oublier l'objectif de demain. Nous ne pouvons faire impasse sur la réappropriation de l'en commun, ni sur la question politique, car ce sont aujourd'hui les deux principaux freins à l'essor de la permaculture et à l'instauration d'une société qui prendrait soin de tous et de chacun. Nous n'avons pas d'autres choix !!!

 Mathilde Anstett pour descolarisation.org

 

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