Acheter de la vie... ?

coquelicot grainesLa puissance de vie qui règne sur cette planète est époustouflante, renversante (il n'y a pas de mots assez forts). Je veux parler en particulier de la puissance de procréation et de démultiplication dans le monde végétal et animal. C'est sidérant. Il y a juste à observer la quantité de semences produite par une seule fleur pour comprendre instantanément que le régime de rareté imposé par le capitalisme et notre système, est le crime des crimes des crimes... Et quand on pense en plus que l'homme peut ajouter à la création à l'infini : « Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme - sans moyens techniques - on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction » (Giono, l'homme qui plantait des arbres). Un seul rameau de milliers d'espèces d'arbres peut être bouturé en dizaine d'autres arbres similaires (voir 'bouture à l'étouffée' pour le meilleur taux de réussite toute l'année), une racine de consoude divisée en dix te donne dix consoudes dans l'année (valable pour des milliers de plantes), et je ne parle même pas de la greffe... Dans le monde animal, idem, ça pullule de partout et constamment ! Oiseaux, mammifères, insectes et toute la micro-faune du sol, tout le monde s'en donne à coeur-joie ! Il suffit d'ensemencer, toujours ! Et UNE RÉACTION EN CHAÎNE OPÈRE ! « La création avait l'air, d'ailleurs, de s'opérer en chaînes. Il ne s'en souciait pas; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. » (op. cit.).

Les paysans marchands de graines, de plantes (pépinières, semenciers) et d'animaux ne sont souvent pas les pires capitalistes qui soient, ça se voit au niveau du contact réellement chaleureux et de leur passion réelle pour le monde végétal et/ou animal, pourtant il y a bien un gigantesque et monstrueux problème à cet endroit. Pour prendre toute la mesure de ce problème, comme d'habitude, il faut se mettre à une distance de l'objet suffisante pour se détacher de la croûte et du poids de nos conditionnements. Bien-sûr, le réflexe, c'est de penser à tous les travaux réalisés par ces marchands... au lieu de vraiment prendre tout le recul nécessaire pour se demander comment est-ce possible, finalement, de mettre un bout de bois dans la terre, d'attendre que des racines et des feuilles se développent pour ensuite mettre une étiquette : figuier 'ronde de bordeaux' - 7,90 Euros le plant. Ou encore de récolter telle ou telle semence (la plupart sont super simples à récolter) pour les mettre dans un sachet avec une étiquette : Coquelicots - 3,90 Euros le sachet de graines (1g). Et je repense tout à coup à la menthe et à tout ce qui marcotte à l'infini : comment diable est-ce possible d'acheter continuellement des plants de menthe (ou de mélisse, ou de sauge, etc.) ??? Je commence à vous donner des exemples mais je ne devrais pas car ça concerne des milliers de plantes, la totalité du vivant en fait. Dans cette immonde société : le vivant est sans arrêt récolté puis conditionné et étiqueté pour être vendu : c'est une des plus énormes manifestations de Mammon dans la société des hommes, si ce n'est la plus monstrueuse ! Nous devrions tous donner notre temps et nos vies pour que la vie se répande le plus possible... Récolter les semences, les protéger, les semer, les donner. Bouturer sans arrêt et donner les boutures. Greffer sans arrêt et donner les scions d'un an. Si nous avons des animaux domestiques, nous devrions tous donner tous les petits (archi-sevrés) que nous ne pouvons pas garder, comment se fait-il qu'on doive encore acheter : des moutons, des chèvres, des poules, des canards, des oies, des lapins, des chiens, des chats, et toutes autres sortes d'animaux ??! Alors qu'il en jaillit torrentiellement du ventre de dame nature !
Si tu as malheureusement toujours un pied dans le système capitaliste : continue donc de vendre encore un peu tes lave-vaisselle, tes bonbons, tes DVD et tes écrans-plats, mais ne vends pas ta récolte de graines de capucines, ne vends pas la vie ! Arrête de vendre le vivant ! C'est tout bonnement incroyable que l'homme soit un tel handicapé du don ! Là, c'est la saison de l'eau de bouleau qui commence... Comment peut-on vendre de l'eau (car l'eau de bouleau, c'est de l'eau), volée à un arbre en faisant un trou avec une mèche ??? ... Et je vous renvoie tous aussi à cette idée cardinale : ROMPRE L'ENCHAÎNEMENT DES VENTES MUTUELLES ! Si tu en as marre d'acheter !! Commence par arrêter de vendre !!!

Pour se mettre au service de la vie, il ne faut pas vendre la vie.