I) « Tout mouvement de libération de l'homme ne saurait plus passer maintenant que par une déscolarisation.»

Ivan Illich

II) « L'oppression des enfants est première, et fondamentale. Elle est le moule de toutes les autres. »

Christiane Rochefort

III) « Quels enfants allons-nous laisser à la planète ? »

Jaime Semprun

IV) « Non plus créer des écoles alternatives, mais des alternatives à l’école »

John Holt

V) « Notre principale menace aujourd'hui est le monopole mondial de domination scolaire sur l'esprit des hommes. »

Everett Reimer

VI) « Ce qui me paraît le plus insupportable, c'est que l'école me séparait de moi-même. »

Christian Bobin

VII) « Plus l’homme se connaît par la voie officielle, plus il s’aliène »

Raoul Vaneigem

VIII) « Je perçois l'école non pas comme une institution qu'il faut réformer et perfectionner, mais comme une prison qu'il faut détruire. »

Cornélius Castoriadis

IX) « Ce qui abrutit le peuple, ce n'est pas le défaut d'instruction mais la croyance en l'infériorité de son intelligence. »

Jacques Rancière

X) « Prisonnier de l'idéologie scolaire, l'être humain renonce à la responsabilité de sa propre croissance et, par cette abdication, l'école le conduit à une sorte de suicide intellectuel. » Ivan Illich

XI) « Les hommes qui s'en remettent à une unité de mesure définie par d'autres pour juger de leur développement personnel, ne savent bientôt plus que passer sous la toise.» Ivan Illich

News

COUV NEXUS 108 WEBOn parle de nous (interview) dans le numéro 108 de Nexus de Jan/Fév 2017

Dossier « Déscolariser la société »

moinsOn a participé au dossier sur la déscolarisation du numéro 24 (août/sept 2016) du journal romand d'écologie : - Moins

L'école de la peur (texte complet)

ecoledelapeur

Attention aux méprises !

Nous ne sommes pas pour l'Instruction En Famille (IEF) sauf comme solution temporaire, celle-ci est inégalitaire et faire la part belle à une autre institution de l'ordre adulte presqu'autant problématique que l'école (si ce n'est plus !) Pourquoi toujours penser les choses en terme de systèmes fermés ?

Notre revendication se situe sur les communs et un monde ouvert : établir des écoles libres (chacun est libre d'y aller quand il veut), égalitaires (chacun peut intervenir pour enseigner), communales, citoyennes, gratuites, débarrassées de l'État, dans les espaces publics et communs, autogérées.

Bibliographie déscolarisation

Une société sans école
Ivan Illich
Mort de l'école
Everett Reimer
Le maître ignorant
Jacques Rancière
Comme des invitées de marque
Léandre Bergeron
Les apprentissages autonomes
John Holt
Pour décoloniser l'enfant
Gérard Mendel
Avertissement aux écoliers et aux lycéens
Raoul Vaneigem
Apprendre sans l'école
John Holt
Et je ne suis jamais allé à l'école
André Stern
La fin de l'éducation ? Commencements.
Jean-Pierre Lepri
Insoumission à l'école obligatoire
Catherine Baker
L'école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure
Jean Foucambert
De l'éducation
Jiddu Krishnamurti
Pour l'abolition de l'enfance
Shulamith Firestone
L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace ?
Anne Querrien
L'enfant et la raison d'Etat
Philippe Meyer
Le pédagogue n'aime pas les enfants
Henri Roorda
Les enfants d'abord
Christiane Rochefort
Les cahiers au feu
Catherine Baker
La fabrique de l'impuissance 2, l'école entre domination et émancipation
Charlotte Nordmann
La fabrique scolaire de l'histoire
Laurence de Cock et Emmanuelle Picard
L'école contre la vie
Edmond Gilliard
Libres enfants de Summerhill
A.S. Neill
Soumission à l'autorité
Stanley Milgram
Si j'avais de l'argent, beaucoup d'argent, je quitterais l'école
Une éducation sans école
Thierry Pardo
La véritable nature de l'enfant
Jan Hunt
C'est pour ton bien
Alice Miller
L'herméneutique du sujet
Michel Foucault
Ni vieux ni maîtres
Yves Le Bonniec et Claude Guillon
L'individu et les diplômes
Abel Faure
La domination adulte
Yves Bonnardel
Encore heureux qu'on va vers l'été
Christiane Rochefort
S'évader de l'enfance
John Holt
Inévitablement (après l'école)
Julie Roux

Article en avant

mamandeserie

Global larcin

Le monde est un grand larcin, un grand accaparement très diversifié, chacun son butin :

Les Élus volent le pouvoir.

Les universitaires volent l'université.

Les professeurs volent l'apprendre.

Les bibliothécaires volent les bibliothèques.

Les propriétaires volent la terre.

Les patrons volent la force de travail.

Les médecins volent la médecine.

Les médias volent l'information. ... etc. (S.R.)

Scolarisation du monde (le film)

schooling the worldAvec sous-titres Fr (bouton CC)

Outil n°1 pour lever le voile

etymosvignette

Les deux faces de la même médaille

mairieecoled

Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans un onglet

Article du 30/08/2015

Un document exceptionnel !

millecitations

Nos liens Illustrateurs

Émissions en direct sur une radio locale

LE MONDE ALLANT VERS..., un jeudi sur deux à 19h30, sur la petite radio locale : RADIO GRÉSIVAUDAN.

Vous pouvez écouter ces émissions en rejoignant le site internet de Radio Grésivaudan ou en ouvrant votre radio sur la bonne fréquence.

Générique de l'émission :

Participez en direct en appelant le :

04 76 08 91 91

Accéder aux archives des émissions sur le site de Radio Grésivaudan.

Et si la cause des causes était l'absence d'architecture spirituelle chez chacun ? --> Ecoutez l'émission sur "La Citadelle" :

Fallait oser...

« L'enfant a droit à une éducation gratuite et obligatoire. »

Charte des droits de l'enfant de l'UNESCO

Bossuet nous disait :

« Il n'y a point de plus grand obstacle à se commander soi-même que d'avoir autorité sur les autres. »

 Professeurs, déscolarisez-vous !

« Les enfants ne sont pas seulement extrêmement doués pour apprendre; ils sont bien plus doués pour cela que nous. En tant qu'enseignant, j'ai mis beaucoup de temps à le découvrir. J'étais un enseignant ingénieux et plein de ressources, habile à élaborer des séquences de cours, des démonstrations, des outils de motivation et tout ce galimatias. Et ce n'est que très lentement et douloureusement - croyez-moi, douloureusement ! - que j'ai réalisé que c'était quand je me mettais à enseigner le moins que les enfants se mettaient à apprendre le plus. »

John Holt

Corollaire ou conclusion de cette idée de Holt : si on enseigne à l'E.N., c'est donc pour propagander, détourner, aliéner.

Sur le refus de parvenir

« Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Flaubert

*****

« Si nous voulons un monde nouveau, comment accepter de grimper, d'être reconnu par des institutions du vieux monde ? »
Marianne Enckell

Autres citations sur le refus de parvenir

Le corps enseignant ?

On parle toujours du « corps enseignant », mais jamais de son âme... C'est parce qu'il n'en a pas. Et s'il en avait une, ce serait évidemment celle, noire et vicieuse, de Jules Ferry.  S.R.

julesferryamenoireVoici le monsieur qui s'occupe de vos enfants !

descoetdroit

« L'éducation, avec son fer de lance qu'est le système de scolarité obligatoire, avec toutes ses carottes, ses bâtons, ses notes, ses diplômes et ses références, m'apparaît aujourd'hui comme la plus autoritaire et la plus dangereuse des inventions humaines. C'est la racine la plus profonde de l'état d'esclavage moderne et mondialisé dans lequel la plupart des gens ne se sentent rien d'autre que producteurs, consommateurs, spectateurs et fans, motivés de plus en plus, dans tous les aspects de leur vie, par l'appât du gain, l'envie et la peur. »

John Holt

Lien vers des centaines d'autres citations sur le sujet (mis à jour une fois par mois)

 

Réflexions philosophiques

Réflexions philosophiques

La plus grosse part du gâteau... mais c'est normal !​

gateau au chocolatH​Celui-ci a été invité à s'exprimer à la tribune (les pauvres manants de la salle seront invités à lui "poser des questions")  ; celui-ci est prof ; celui-ci est Élu ; celui-ci est prêtre ; celui-ci a touché une prime ; cet autre a touché une subvention ; celui-ci a les clés de la salle et en fait ce qu'il veut ; cet autre reçoit une récompense, une médaille, des honneurs particuliers... Celui-ci peut exister, parler, il est en vue, il est acclamé, il est regardé, il est récompensé... Cet autre est celui qui fixe la règle (le cens), qui peut élever ou rabaisser les autres à sa guise, les bloquer ou les autoriser en fonction de ce qu'il croit juste et ressent... Celui-ci a plus de moyens techniques, plus d'argent pour exhiber ce qu'il veut exhiber, pour créer ce qu'il veut créer... Cet autre est l'homme de l'estrade, l'homme dans le beau costume, l'homme aux dorures, en costard ou dans un blanc virginal, qu'on écoute et qu'on regarde... Bref : celui dont je vous parle a une plus grande part du gâteau, voire dans bien des cas tout le gâteau pour lui tout seul. Il prend le train, sa voiture et rejoint sans cesse des événements, des réunions, des moments, des festivals où il a une meilleure part que les autres : il a toujours ou souvent la plus grosse part du gâteau !

​Les questions que je veux poser c'est : combien d'entre-eux pensent que cette meilleure part est indigne et injuste (et catastrophique) ? Combien d'entre-eux se rendent seulement compte qu'ils ont une meilleure part ? Et parmi ceux qui s'en rendent compte combien essaient de peser pour changer la situation en faveur d'une égalité politique dans laquelle ils perdraient leurs avantages ?
 
​Combien ? Pratiquement aucun. Et à contrario, presque tous pensent que la meilleure part qu'ils ont est juste et qu'il s'agit de la justice même !
Il pense qu'ils sont plus méritants, que ce qu'ils ont en plus, il l'ont parce qu'ils sont meilleurs que les autres. Mais que dis-je !? Il n'y pense même pas, être au dessus des autres est pour eux quelque-chose de naturel, qui coule de source, c'est en fait la vision même qu'ils ont de l'égalité (car pour eux ils vivent en situation d'égalité quoiqu'il se passe). C'est tellement juste pour eux qu'ils aient une plus grosse part du gâteau qu'ils ne voient même plus que leur part est plus grosse, beaucoup plus grosse, énorme ! C'est comme s'ils estimaient en permanence qu'ils ont eu moins que les autres au point initial et qu'à chaque fois qu'un gâteau se présente, ils prennent tout naturellement une compensation qui leur reviendrait de droit. Vouloir plus les autres, avoir plus que les autres, ne leur posent en fait aucun problème puisqu'ils s'estimeraient lésés bien en amont, tout au départ. Et c'est vrai : quand on a l'occasion rarissime de creuser avec eux, on se rend compte qu'ils pensent réellement avoir plus souffert que les autres. Ils peuvent même remonter 4 générations s'il le faut pour trouver un aïeul assassiné ou miséreux, enfin bref, ils finiront toujours par trouver une idée, quelque-chose pour dire qu'ils ont plus souffert que les autres. Mais qu'en savent-ils des souffrances des autres et de la mesure de la souffrance en général ?
 
Je me souviens de cette fois où j'avais constaté qu'un "éco-festival" près de chez moi avait ENCORE invité Yves Paccalet à bavasser dans le micro (l'écrivain politicard soi-disant écolo qui a voyagé avec Cousteau) et j'avais essayé de le contacter directement par téléphone chez lui pour lui faire part de ce genre de vue (Pourquoi encore vous ? et est-ce qu'on pourrait pas plutôt partager la parole entre tous ?). Yves Paccalet, comme Pierre Rabhi, et beaucoup d'autres AUTORISÉS de la parole, fait partie de ces gens toujours invités, qui a plus le droit que les autres de parler (ces gens qui ont toujours tout le gâteau de la parole rien que pour eux). Eh bien, à la suite de cet entretien téléphonique, j'étais resté sur le cul : Monsieur Yves Paccalet m'a clairement répondu ce jour-là : en Aristocrate assumé (du grec Aristos, le meilleur). Il était intimement persuadé d'être meilleur que les autres, que si on lui donnait la parole de la sorte c'est qu'il avait mieux travaillé, qu'il savait mieux parler, mieux synthétiser, mieux exposer, mieux mieux mieux ! Mais ça allait encore plus loin car il m'a répondu en Aristocrate pro-aristocratie — car ce n'est pas forcément toujours le cas —, c'est-à-dire qu'il m'a expliqué que celui qui parle DOIT être le meilleur (et que là le meilleur, en l'occurrence c'était lui). Voilà, je lui téléphonais pour lui exposer ce problème d'avoir une plus grosse part du gâteau, eh bien il m'a répondu qu'il la méritait, et que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles...
 
En ce moment, j'ai le même genre de conversation avec le prêtre Jean-Claude Brunetti ou d'autres suppôts de la maudite Église Catholique, eh bien c'est pareil. Avoir une plus grand part du gâteau est pour eux dans l'ordre des choses. Ils ont un mal fou (et c'est peu dire) à intégrer l'inégalité manifeste, l'injustice manifeste des situations. Toujours pour la même raison : leur vision de l'égalité (qu'ils disent pourtant réaliser !) est toujours décalée. C'est une sorte de vision avec un dispositif déformant qui met une plus grand part pour eux mais qui s'efface aussitôt de leur conscience : je prend la plus grand part mais je ne m'en rends pas compte... ou en tout cas... C'EST NORMAL ET JUSTE !
 
Tout ce que je vous dis là sur "la plus grosse part du gâteau", c'est encore une autre façon de parler des gens de pouvoir : il s'agit de ces gens qui estiment toujours mériter plus que les autres, et que ça serait même une justice, et pas seulement une justice pour eux, mais une justice globale — donc pour les autres aussi !!! —.
 
Ce que nous devons donc tenter de comprendre, nous autres, anarchistes, communistes, égalitaristes,... c'est d'où leur vient ce profond sentiment de justice à ce que les choses soient injustement déplacées en leur faveur ? Pourquoi l'injustice réelle se confond paradoxalement avec la justice fantasmée en leur cœur ?
Quels sont les défauts et les manques vécus au départ pour qu'ils éprouvent le besoin de tout ramener vers eux, parfois pendant toute une vie, sans que ça crée un seul instant selon eux une inégalité insupportable ?
 
Désolé de revenir souvent au nouveau testament, mais j'éprouve le besoin de terminer ce propos par cette vérité Évangélique sur la notion : d'avoir déjà sa récompense (et donc d'être en conséquence délaissé par Dieu). [Matthieu 6 notamment mais aussi en d'autres passages].

Ils sont donc évidemment à plaindre : c'est les plus perdus d'entre-nous. Mais ça n'empêche pas qu'ils nous cassent tous terriblement les couilles, et qu'ils sont — oui, plus que les autres pour le coup — à la base de la destruction de la vie.

Qu'ils s'étouffent !
 
​Sylvain Rochex — 10 novembre 2017

 

Super Flux

containerChaque jour, chaque heure, dans les ports du Havre, de Marseille, de Bordeaux, de Nantes, de Calais, de Nice, de Sète, de La Rochelle, de Douarnenez, de Cherbourg, de Bayonne (…) chaque jour dans tous les ports de France, dans tous les ports de marchandises du monde, des cargos vomissent des montagnes de containers remplis d'objets. Chaque jour, chaque heure, un grouillement massif de camions désagrège cet entassement de marchandises et dans un nuage de diesel nauséabond les amoncelle dans les milliers d'acropoles dédiées au commerce : bazars, boutiques, magasins, entrepôts, hangar, supermarchés, centres commerciaux. Chaque jour, chacun-chacune d'entre nous entre pieusement dans une de ces zone-tampons entre nos maisons et le cargo de marchandises, et s'acquitte du tribut pour participer au désengorgement des rayons croulant sous la camelote, et permettre au prochain camion de venir déverser le nouveau chargement qui arrive déjà. Chaque jour des sacs remplis atterrissent dans nos maisons ; on déballe de façon compulsive cette nouvelle cargaison avec l'adoration conforme au culte de l'avoir, puis déjà on se lasse de la nouveauté évanescente de ces objets inertes et le contenu des sacs se dispatche dans nos ventres, nos frigos, nos placards et armoires, nos caves et greniers… Un objet neuf en remplace un autre guère plus ancien, déjà oublié, jeté ou stocké pour laisser place à la danse frénétique des objets.

Chaque jour, nous remplissons d'autres sacs, de déchets cette fois ; un nouveau flux de camions s'agite au pied de nos maisons pour emmener au plus vite nos ordures et les faire disparaître à nos yeux. On entasse nos vieux vêtements dans un grand sac que l'on dépose chez la voisine en offrande. Des avalanches de colis circulent aux quatre coins du pays, l'un chargé d'une paire de chaussure, l'autre d'un pull porté une semaine, encore un renfermant un appareil photo reçu au précédent Noël et dont on s'est déjà lassé, les objets seconde-main engagent une seconde farandole, disparaissent dans un nouveau trafic. Des bibliothèques libres bourgeonnent dans tous les quartiers, dans tous les villages, pour alléger les maisons qui croulent sous le poids des objets. Des ressourceries pullulent pour accueillir le débordement intarissable d'objets qui  sortent de chez nous, pour laisser place à ceux qui vont entrer. Chaque jour, des incinérateurs carburent sans relâche. Des monticules de papier, de carton, de verre, quand ils ne sont pas brûlés, enflent comme un ventre trop plein dans les centres de retraitement des déchets, pour repartir dans un nouveau circuit, un autre flux, sans fin.

Et puis, en attente, en entrepôt, tout ce qui s'accumule dans les recoins de nos foyers, dans les débarras, en attente tout ce qui repartira, un jour, bientôt, dans ce circuit délirant. Le monde entier est une poubelle en attente.

Le super Flux enfle, le super Flux nous aiguille vers une temporalité affolée, calibre nos agissements en gestes empressés et obsessionnels. Le super Flux est devenu incontournable, référence absolue d'un mode de vivre qui nous attache tous au consumérisme maladif, et à l'acceptation tacite que nous ne sommes pas tellement plus que les maillons d'une chaîne de production et de circulation des marchandises, le super Flux nous envahit jusqu'à l’écœurement, jusqu'à saturation, jusqu'à l'épuisement.

Super Flux et créativité

Au sein de cette temporalité hallucinée, le rythme est imposé par le super Flux incessant de containers et d'objets qui nous inondent chaque jour, partout, sans possibilité d'infléchir ni la cadence ni la quantité. Conséquemment le débit de nos gestes est imposé par cette cadence extérieure sur laquelle, semble-t-il, nous n'avons aucune prise. Notre attention se concentre sur la façon dont nous allons satisfaire dans la précipitation des besoins qui auraient pu éclore avec une plus grande délicatesse, une douceur plus adaptée au temps du monde. Le temps de la réflexion, au cœur de cette pulsation haletante, est avorté, nos gestes deviennent mécaniques à l'image des chaînes de production, et notre fragile créativité s'estompe dans le   tumulte généralisé.

On ne dit pas assez combien une belle idée, avant de s'incarner pour devenir matière, a besoin de s'imprégner de calme et de vent, on ignore que pour naître, comme chaque être, elle a besoin d'un espace qui l'accueille, donc disponible, ouvert, présent, à son écoute, vigilant et attentif. Le super Flux effraie cette sensibilité en attente d'éclore. Notre créativité est écrasée par la masse d'objets qui répondent à des besoins qui n'ont pas encore eu le temps d'apparaître totalement, la disponibilité permanente d'une montagne d'objets autour de nous distrait le processus d'imagination et de conception, l'annihile et l'annule. Notre besoin initial n'est que très incomplètement comblé. Un objet apportera une satisfaction matérielle à un besoin qui était beaucoup plus total.

Créer, c'est modeler la matière dans le monde, mais c'est aussi se connecter à une source vive, c'est être en contact avec une sphère subtile qui déclenche l'inspiration, c'est frôler une dimension qui se rapproche du rêve, où la conscience du monde nous imprègne et nous rend outils au service de la Création. Pour cela nous avons besoin de calme, de concentration, de simplicité, de sobriété. Ce besoin éminemment spirituel est effacé au détriment d'une multitude de besoins prématurés, précipités, falsifiés, qui trompent notre vigilance, empêchent notre méditation créative et récréative, nous envahissent et nous accaparent. Notre attention cherche désespérément le repos pour réaliser ses rêves empêchés par le super Flux. Nos réalisations sont court-circuitées, tronquées, incomplètes. Nous avons ainsi bien du mal à concrétiser nos idéaux de Beauté dans le monde, elle qui attend patiemment le canal humain pour se déployer totalement.

Super Flux et soin

Un lien direct existe entre l'absence de créativité engendré par le super Flux et le soin porté aux objets. Chaque chose est dépourvue de sa dimension totale et seul l'aspect utilitariste lui échoie ; or même si celui-ci n'est pas à négliger, il reste fragmentaire. Tout objet issu du monde de la « Grande Distribution » est dépourvu d'histoire, de connexion avec notre propre univers, étranger à notre intimité profonde, inadapté à nos besoins fondamentaux. Il est une masse inerte qui vient combler un pseudo besoin matériel ET un vide spirituel, mais ne peut le remplir, car le processus de création total est absent. La passerelle permanente bâtie entre esprit et matière, cette trame mise en œuvre dans l'acte de conception et de réalisation  n'existe pas. Les objets ne sont pas pensés par et pour nous, ils sont donc incomplets, leur attrait ne peut être qu'éphémère, nous recherchons un rapport plus absolu avec la matière, nous voulons, par nos gestes pensés, l'empreindre de la substance de nos rêves alliée aux couleurs du monde.

Fondamentalement, donc, nous méprisons ces nuées d'objets qui gravitent autour de nous. Fondamentalement, nous voulons leur donner un sens, offrir une conscience  à leur seule matérialité, animer le monde inerte. Nous voulons relier ces objets à une pratique animée d'âme, de chaleur, de charité, nous voulons les insérer dans un bain de rencontres et d'échanges humains féconds et joyeux, et nous en sommes incapables car leur production répond à d'autres exigences, ils sont inadaptés à la convivialité. Essentiellement, nous sommes incapables d'offrir du soin réel à ces objets qui envahissent nos existences, ils appartiennent à une dimension paralysée dans un fonctionnement matérialiste qui a perdu son sens et tourbillonne dans le néant. Mais nous sommes aussi prisonniers de ce paradigme, et ce paradoxe engendre un comportement maladif : convoitise et rejet insatiables de l'objet, une bipolarité qui se traduit par nos comportements de consommateurs compulsifs qui achetons et jetons sans fin. Le fétichisme de la marchandise est un faux culte apparent rendu à l'inertie du monde, car profondément, intimement, nous aimons bien au-delà la Vie qui se manifeste en toutes choses. Dans cet univers ébahi et envahi par les objets détachés de pratiques vivantes, équarri par des pratiques mortifères, nous étouffons, nous ne savons plus comment déployer le soin réel...

Il semblerait bien que nous ayons, avant toute chose, urgemment besoin de clarifier, soigneusement, attentivement, notre entourage des objets qui nous encombrent, en prenant suffisamment de recul sur notre rôle dans la production du super Flux pour nous en extraire, et retrouver la dimension créative qui donnera consistance et âme aux objets, aux êtres et au monde à venir.

Mathilde, le 16 novembre 2017

A suivre: le Totem de la Poubelle, et des pistes pour prendre soin les uns des autres...

 

L'obsession destructrice et morbide du devenir et du parvenir.

refus de parvenirAu travers de milliers de questions qui nous sont adressées avec insistance et pesanteur, nous comprenons que Le Monde qui nous entoure ne va pas se satisfaire de l'infini qui est en nous et que nous incarnons, que Le Monde qui nous enserre ne veut pas que nous devenions ce que la nature veut que nous devenions. Très rapidement, nous comprenons que nous devons rendre des comptes, que nous devons devenir quelque-chose. Non pas devenir un être humain, comme un caneton devient un canard, et pas non plus devenir un homme ou une femme comme un chevreau devient un bouc et une chevrette devient une chèvre. Non, il nous faut devenir une chose correctement définie pour qu'on puisse nous ranger, pour que d'infini nous devenions fini. Nous forcer à devenir et à parvenir c'est le moyen qu'ont les autres pour nous mettre à leur service et pour qu'on ait besoin de leurs services. L'obsession du devenir permet de créer un réseau d'interdépendance total, constant, forcé, subi et imposé
Car devenir cette chose nous empêchera de devenir un humain. Entre devenir humain et devenir une chose qui satisfera les autres (un travailleur), il s'agit de deux trajectoires totalement différentes voire carrément opposées.
Je te souhaite de devenir un Homme, et non un travailleur. Voilà ce que nous devrions intimer à tous ceux qu'on aime (y compris nous-mêmes). 
L'obsession du devenir et du parvenir se loge en nous par dressage à la carotte et au bâton (par chantage affectif) : on comprend très vite l'immense contentement provoqué autour de nous lorsque l'on se met à se définir ou à avoir des projets lié au devenir, et à l'inverse, on découvre que de ne pas savoir se définir ou de ne pas chercher à devenir quelque-chose de reconnu par la société (et donc de productif) ne va pas sans désagrément et désamour.
 
Et il faut bien voir que nous souffrons rapidement de ces troubles de soi à soi : la rassurance que voudraient nos proches en sachant ce que l'on va faire et ce qu'on va devenir, on l'a rapidement de soi à soi. En effet, ce serait tellement plus simple, plus net, plus clair, d'être quelque-chose de définie, et quelque-chose qui rend service aux autres pour avoir leur amour. On veut qu'on nous fiche la paix ! Résultat : des millions d'adolescentes qui "aiment les animaux" se mettent à dire vers l'âge de 14-15 ans qu'elles veulent faire vétérinaire alors que, bon sang, elles aiment seulement les animaux point barre. Résultat : nous perdons tous des décennies à tenter de répondre à cette question par tous les moyens et nous en perdons du même coup le chemin pour devenir humain. Nous allons de vêtements ridicules en vêtements ridicules, sans jamais revêtir le vêtement de l'Homme qui nous colle pourtant à la peau. Et là, les choses sont très inégales : certains vont perdre 20 ans (seulement !) dans l'obsession du devenir pendant que d'autres n'en reviendront jamais ; jusqu'à leur mort, de succès en succès, c'est-à-dire d'échec en échec, contre vents et marées, ils continueront de tenter de répondre à cette question, ils s'évertueront par tous les moyens de parvenir. Et ils seront crucifiés de regrets avant leur dernier souffle.
Moi qui ai globalement eu une vie de rébellion vis-à-vis de la société, je peux dire que j'y ai quand même passé au moins au total 32 ans (de ma naissance à 2012), même si c'était déjà beaucoup plus tranquille depuis 2006 : j'avais déjà entamé un détachement notoire vis-à-vis de l'obsession du devenir et du parvenir. Depuis 2012, les termes que j'ai employés pour me définir (contraint parfois par l'administration) étaient enfin totalement emprunts de détachement, voire relevaient du jeu : vraiment plus rien à foutre.
En ayant fini avec l'obsession du devenir et du parvenir depuis environ 2012, je peux enfin totalement me consacrer à devenir un Homme, un humain et un homme. Et il n'y a là plus aucune obsession morbide de devenir, plus aucune ascension sociale lié au parvenir, aucun compte à rendre à personne, si ce n'est au cosmos.
Être un Homme, c'est quoi ?
 
1) S'occuper d'avoir un abris. Ce qui implique de le construire et de l'habiter (et de le posséder entièrement). Or, nous ne faisons pas cela.

2) S'occuper de nous chauffer quand les températures baissent. Nous ne faisons pas cela, nous appuyons sur un bouton.

3) S'occuper de nous nourrir. Nous ne faisons pas cela, nous allons à Carrefour ou à Biocoop.

4) S'occuper de boire de l'eau pure. Nous ne faisons pas cela, nous payons un abonnement au syndicat des eaux, nous tournons le robinet et cette eau n'est pas pure.

5) S'occuper de déposer nos excréments et urines de façon à ce qu'ils finissent dans le sol. Nous en soucier. Nous ne faisons pas cela. Nous faisons dans l'eau potable, nous souillons les eaux de surface et l'État s'en occupe tant bien que mal (à notre place). S'occuper de sa merde serait un bon début pour devenir un être vivant.

6) Respirer de l'air pur. Nous ne faisons pas cela, nous acceptons de respirer un air pollué.

7) S'occuper de nous habiller. L'homo sapiens n'ayant plus de poil, il lui faut trouver à se couvrir (à partir de fibres végétales ou animales). Nous ne faisons pas cela, nous allons dans des magasins de vêtement acheter des vêtements tout faits.

8) Pour couvrir tous nos besoins ci-dessus : abris, chaleur, eau pure, air pur, vêtements, nourriture, déposer nos excréments sur le sol, nous avons besoin d'espace et de vivre dans un milieu qui contient de la terre vivante, un écosystème, des arbres et des plantes. Nous ne faisons pas cela, nous vivons dans un milieu stérile, exigu et nous participons chaque jour à destruction des milieux naturels.

9) S'occuper d'avoir des relations avec les autres. Nous ne faisons pas cela car cela implique des rapports d'égalité. Dès qu'une personne détient du pouvoir sur l'autre, ce n'est pas une relation mais une guerre pour la survie et l'égo. Nous ne participons pas à tous le champ de relations qui devrait exister au service des besoins vitaux de chacun.

10) S'occuper de notre âme. Nous ne faisons pas cela, nous nous adaptons à cette société de mort et n'avons pas de temps pour notre âme et notre esprit. Nous suivons les directives de l'État, des guides, des gourous, des leaders, des profs, des dominants, des intellectuels, des aristocrates, des riches, des scientifiques et des religions toutes faites.

11) Disposer du temps (tout notre temps) afin de pouvoir s'occuper de nos besoins vitaux et de notre âme. Nous n'avons pas cela.

 
Mais « La doctrine du Monde » qui nous emporte, c'est de faire du nous des TRAVAILLEURS au service de la machine et de nous empêcher de devenir des Hommes.
C'est pourquoi pour finir, je vous laisse avec des extraits choisis du Chapitre X du texte de Tolstoï « Ma religion » où Tolstoï décrit si bien en quoi nous mourrons (bêtement) dans « la doctrine du Monde » qui est cette obsession du devenir et du parvenir pour assurer son existence.
 
« La majeure partie des malheurs de la vie de l'homme sont provenus uniquement de ce que, contrairement à son inclination, il a suivi la doctrine du monde qui l’attirait.
(...) Et combien de martyrs ont souffert et qui souffrent en ce moment, pour la doctrine du monde, des souffrances qu’il me serait difficile d’énumérer ! (...) Les neuf dixièmes des souffrances humaines sont supportées par les hommes au nom de la doctrine du monde, que toutes ces souffrances sont inutiles et auraient pu ne pas exister, que la majorité des hommes sont des martyrs de la doctrine du monde.
(...) Une des premières conditions de bonheur généralement admises par tout le monde est une existence qui ne rompe pas le lien de l’homme avec la nature, c’est-à-dire une vie où l’on jouit du ciel, du soleil, de l’air pur, de la terre couverte de végétaux et peuplée d’animaux. De tout temps les hommes ont considéré comme un grand malheur d’être privés de tout cela. Voyez donc ce qu’est l’existence des hommes qui vivent selon la doctrine du monde. Plus ils ont réussi, suivant la doctrine du monde, plus ils sont privés de ces conditions de bonheur. Plus leur succès mondain est grand, moins ils jouissent de la lumière du soleil, des champs, des bois, de la vue des animaux domestiques et sauvages. (...) Comme des prisonniers se consolent avec un brin d’herbe qui pousse dans la cour de leur prison, — avec une araignée ou une souris, ainsi ces gens-là se consolent quelquefois avec des plantes d’appartement étiolées,
(...) S’ils ont des enfants, ils se privent de la joie d’être en communion avec eux.
D’après leurs coutumes, ils doivent les confier à des établissements d’instruction publique, de sorte que de la vie de famille ils n’ont que les chagrins — des enfants qui, dès leur jeunesse, deviennent aussi malheureux que leurs parents,
(...) Plus on monte et plus le cercle des hommes avec lesquels il est permis d’entretenir des relations se resserre et se rétrécit ; plus on monte et plus le niveau moral et intellectuel des hommes qui forment ce cercle s’abaisse.
(...) Pour un homme du monde opulent et sa femme, il n’existe que quelques dizaines de familles de la société. Le reste leur est étranger. Pour le ministre et le richard et leur famille — il n’y a plus qu’une dizaine de gens aussi riches et aussi importants qu’eux. Pour les empereurs et les rois, le cercle se resserre encore. N’est-ce pas la détention cellulaire, qui n’admet pour le détenu que des relations avec deux ou trois geôliers ?
(...) Les uns après les autres, ils périssent victimes de la doctrine du monde.
(...) Une vie après l’autre est jetée sous le char de cette idole ; le char passe en broyant leurs existences, et de nouvelles victimes se précipitent, en masse, sous les roues avec des malédictions, des gémissements et des lamentations !
(...) Qu’un homme cesse d’avoir foi dans la doctrine du monde, qu’il ne croie pas indispensable de porter des bottes vernies et une chaîne, d’avoir un salon inutile, de faire toutes les sottises que recommande la doctrine du monde, et il ne connaîtra jamais le travail abrutissant, les souffrances au-dessus de ses forces, — ni les soucis et les efforts perpétuels sans trêve ni repos ; il restera en communion avec la nature, il ne sera privé ni du travail qu’il aime, ni de sa famille, ni de sa santé, et ne périra pas d’une mort cruelle et bête.
(...) Une génération après l’autre s’efforce de trouver la sécurité de son existence dans la violence et de se garantir ainsi la propriété. Nous croyons voir le bonheur de notre vie dans la puissance, la domination et l’abondance des biens. Nous sommes tellement habitués à cela, que la doctrine de Jésus, qui enseigne que le bonheur des hommes ne peut pas dépendre du pouvoir et de la fortune, et que le riche ne peut pas être heureux, nous semble exiger trop de sacrifices. C’est là une erreur. Jésus nous enseigne à ne pas faire ce qui est le pis, mais à faire ce qui est le mieux pour nous, ici-bas, dans cette vie.
(...) Nous faisons pis que l’autruche ; pour établir les garanties douteuses (dont nous-mêmes ne profiterons même pas) d’une vie incertaine dans un avenir qui est incertain, nous compromettons sûrement une vie certaine, dans le présent qui est certain.
(...) Nous sommes tellement habitués à cette chimère des soi-disant garanties de notre existence et de notre propriété, que nous ne remarquons pas tout ce que nous perdons pour les établir. — Nous perdons tout, — toute la vie. Toute la vie est engloutie par le souci des garanties de la vie, par les préparatifs pour la vie, de sorte qu’il ne reste absolument rien de la vie.
Il suffit de se détacher pour un instant de ses habitudes et de jeter un coup d’œil à distance sur notre vie, pour voir que tout ce que nous faisons pour la soi-disant sécurité de notre existence, nous ne le faisons pas du tout pour nous l’assurer, mais uniquement pour oublier dans cette occupation que l’existence n’est jamais assurée et ne peut jamais l’être. Mais c’est peu dire que d’affirmer que nous sommes notre propre dupe, et que nous compromettons notre vie réelle pour une vie imaginaire ; nous détruisons, le plus souvent, dans ces tentatives, cela même que nous voulons assurer.
(...) La doctrine de Jésus, qui enseigne qu’il n’est pas possible d’assurer sa vie, mais qu’il faut être prêt a mourir à chaque instant, est indubitablement préférable à la doctrine du monde, qui enseigne qu’il faut assurer sa vie ; préférable, parce que l’impossibilité d’éviter la mort et d’assurer la vie reste exactement la même pour les disciples de Jésus comme pour ceux du monde ; mais la vie elle-même, selon la doctrine de Jésus, n’est plus absorbée par l’occupation oiseuse des soi-disant garanties de l’existence ; elle est affranchie et peut être vouée au seul but qui lui soit propre, le bien pour soi-même et pour les autres.
(...) Nous avons appelé la pauvreté d’un mot qui est synonyme de calamité, mais, en réalité, est un bonheur, et nous aurons beau l’appeler calamité, elle n’en sera pas moins un bonheur. Être pauvre veut dire : ne pas vivre dans les villes, mais à la campagne ; ne pas rester enfermé dans ses chambres, mais travailler dans les bois, aux champs, avoir la jouissance du soleil, du ciel, de la terre, des animaux ; ne pas se creuser la tête à inventer ce qu’on mangera pour éveiller l’appétit, à quels exercices on se livrera pour avoir de bonnes digestions. Être pauvre, c’est avoir faim trois fois par jour, s’endormir sans passer des heures entières à se retourner sur ses oreillers en proie à l’insomnie, avoir des enfants et ne pas s’en séparer, être en relation avec chacun, et, ce qui est essentiel, ne jamais rien faire de ce qui vous déplaît, et ne pas craindre ce qui vous attend. (...) Être pauvre, c’est précisément ce qu’enseignait Jésus, c’est la condition sans laquelle on ne peut entrer dans le royaume de Dieu ni être heureux ici-bas. » Léon Tolstoï
 
Alors cessons de vouloir devenir et parvenir. Et soyons des Hommes. DONC, des Pauvres. DONC, des bienheureux. Rejoignons la Vie comme elle a toujours été et sera toujours : la Vie Éternelle, c'est-à-dire le Royaume des Cieux.
Oui, le Royaume des Cieux, juste au sommet de la colline, ici-bas,... mais tout là-haut !

Sylvain Rochex

 

La haine du monde

 

jésus« Vous aussi, vous haïrez le monde et tout ce qui est du monde, même si de ce monde est votre père et votre mère et votre fils et votre maison.
 
Comment peut-on concilier l'amour du prochain, c'est-à-dire de tous les hommes, avec la haine du monde c'est-à-dire de tout le monde ?
Il faut pour cela comprendre que la même chose et les mêmes personnes sont en même temps du monde et ne sont pas du monde, que nous mêmes par certains côtés sommes du monde, et par un autre côtés sortis du monde. L'Esprit nous a fait sortir du monde. Il y a des gens qui n'en sont pas sortis et qui méritent notre amour : ils le méritent seulement dans le sens qu'il y a en eux quelque chose qui pourrait sortir du monde. Mais cela par quoi ils adhèrent au monde reste odieux, et cela par quoi ils essaient de nous entraîner avec eux, malgré notre amour pour eux, doit être rejeté comme n'étant pas de nous et n'étant pas d'eux.
Vous devez savoir que chaque être, que chaque homme peut et doit être sauvé, qu'il mérite justice, compréhension et amour, mais qu'aucune foule, qu'aucune masse ne mérite ni estime ni amour. La masse, c'est ce qui est lourd et fait pour tomber ; ce qui est extérieur, c'est-à-dire sec ; ce qui est du bois mort, fait pour être ramassé, comme il vient d'être dit, et mis au feu. Et voici, le feu vient sur les foules et sur les nations, car les foules et les nations ne sont pas faites pour être sauvées, elles n'apportent pas le salut, ne demandent pas le salut, mais le salut peut venir du dedans à chacun des hommes de cette masse, lequel aussitôt sort de la masse comme il est si bien dit : Je vous ai tirés du monde par mon choix. Et aussitôt : Le monde vous hait, car il aime son bien.
 
Si vous aimez d'un amour spirituel, vous serez haï par tous ceux qui n'ont pas ce même amour. Essayez, même en peu, à la mesure de vos petites forces, et vous le saurez. Si vous voulez être aimés du monde, soyez agréables, faites plaisir aux gens et ils vous aimeront. Montrez-vous souriant, correct, cordial, habile, brillant, beau s'il se peut, ou du moins paré et armé. Enrichissez-vous, donnez un très petit peu de votre superflu avec beaucoup d'opportunité à ceux qui peuvent vous le rendre en profit ou en honneur, et tout le monde vous aimera, vous estimera, vous louera. Mais veuillez, non pas le plaisir, mais le bien d'autrui, veuillez qu'en lui croisse l'étincelle spirituelle qui va d'abord le jeter dans le trouble, et vous verrez quelle réponse le monde vous donnera. Vous verrez quelle défiance tous vos efforts rencontreront.
Celui à qui vous vous adressez pensera : « Que me veut-il, celui-là, pourquoi vient-il me troubler, pourquoi m'a-t-il dit cela ? » Celui que vous mettez en confrontation avec ses propres monstres, croyez-vous qu'il vous en sera reconnaissant ? Celui que vous avez dérangé dans ses habitudes commodes, celui en qui vous allumerez des scrupules qui jamais ne lui étaient passés par l'esprit, celui qui commencera à pêcher et à sentir qu'il pèche parce que vous avez passé, tandis qu'avant, comme le dit le Christ : Si je ne leur avais point parlé, ils n'auraient point péché. Mais maintenant ils n'ont plus d'excuse à alléguer pour leur péché. Et saint Paul dit : Autrefois je ne connaissais pas de péché, car je ne connaissais pas la loi, autrement dit : j'étais tellement bien enfoncé dans le péché que le péché pour moi n'existait pas, comme l'air pour nous n'existe pas, vu que nous ne le voyons pas tandis que nous sommes dedans.
Celui à qui nous enseignons qu'une partie de lui-même est autre et doit être rejetée, et c'est justement cette partie de lui-même qu'il appelle moi, et à laquelle il tient de toutes ses forces, de toute sa chair et de tout son cœur, croyez-vous qu'il va vous aimer, celui-là ?
Voilà pourquoi le démon n'est point appelé l'Esprit du mal, mais tout simplement le Prince de ce monde.»

Lanza del Vasto, commentaire de l'Évangile, 1948
 
Dans le même livre, Lanza poursuit :
« Vous haïrez le monde. Et haïssant le monde, vous ne haïrez personne, car le monde ce n'est personne, car la masse, car la foule, ce n'est personne. Vous aimerez le prochain, c'est-à-dire tout le monde, et vous haïrez le monde, c'est-à-dire ce qui est autre. Vous qui aimez, vous n'êtes pas du monde, et vous connaîtrez en vous-même et dans les autres ce qui est du Même et ce qui est autre. Également en vous-même et dans l'autre, vous haïrez ce qui est autre : impur, extérieur, apparent, et vous ne haïrez rien en haïssant le monde et en le rejetant, car vous haïrez là le contraire de l'être, vous haïrez l'ombre, vous haïrez l'erreur, vous nierez la négation, donc vous entrerez dans l'Être et dans la vérité. »
 
Et je poursuis avec ce texte divin de Charles Péguy :
 
« Il faut se sauver ensemble. Il faut arriver ensemble chez le bon Dieu. Il faut se présenter ensemble. Il ne faut pas arriver trouver le bon Dieu les uns sans les autres. Il faudra revenir tous ensemble dans la maison de notre père. Il faut aussi penser un peu aux autres ; il faut travailler un peu (les uns) pour les autres. Qu’est-ce qu’il nous dirait si nous arrivions, si nous revenions les uns sans les autres. »
 
Une question suprême vient :
Est-ce que ce mot divin de Péguy est en contradiction avec le propos de Lanza : « le feu vient sur les foules et sur les nations, car les foules et les nations ne sont pas faites pour être sauvées » ?

Pas du tout et justement tout est là ! Il suffit pour s'en rendre compte de relire le texte de Tolstoï :

Unis dans l'erreur :
 
« Les hommes unis entre eux par l’erreur forment pour ainsi dire une masse compacte. La force d’attraction qui unit les atomes de cette masse est précisément le mal répandu dans le monde. Toute l’activité raisonnable de l’humanité a pour objet de dissoudre la force d’attraction de la masse.

Toutes les révolutions sont des tentatives de briser cette masse par la violence. Les hommes se figurent que s’ils martèlent cette masse, elle se brisera, et ils la battent en brèche ; mais, en s’efforçant de la briser, ils ne font que la forger.

Ils auront beau la marteler, la cohésion des atomes persistera jusqu’à ce qu’une force intérieure se communique à chacun des atomes et leur donne une impulsion qui désagrège la masse.

La force qui enchaîne les hommes est le mensonge et l’erreur ; la force qui détache chaque individu de la masse inerte humaine est la vérité. Or la vérité ne se transmet aux hommes que par des actes de vérité.

Seuls les actes de vérité, en introduisant la lumière dans la conscience de chaque homme, dissolvent l’homogénéité de l’erreur, détachent un à un de la masse les hommes soudés entre eux par la force de l’erreur. »

Léon Tolstoï

 D'ailleurs Lanza dit la même chose (— il est toujours troublant de constater comment tous ceux qui disent la vérité parle d'une seule voix —) :
« mais le salut peut venir du dedans à chacun des hommes de cette masse, lequel aussitôt sort de la masse »
 
​Nous devons donc, CHACUN, nous détacher de la masse par des actes de vérité et avoir pour cela le courage de nous faire haïr en conséquence (et donc de tout perdre).
Et nous devons veiller et œuvrer pour que CHACUN réussisse à faire cela, afin que la masse meure tout à fait, afin de nous sauver ensemble et « arriver ensemble chez le bon Dieu ».
 
Une bonne fois pour toute : c'est quoi RÉUSSIR ? ÉCHOUER ? Pourquoi les parents veulent-ils toujours que leurs enfants réussissent DANS LE MONDE alors que sur le plan spirituel cela est toujours une condamnation.
Vouloir que son enfant réussisse véritablement, c'est plutôt vouloir qu'il se détache de la masse : mais ni par le haut, ni par le bas, ... mais PAR LA VÉRITÉ de ses actes et de sa parole.
Les hommes sont unis dans l'erreur et le mensonge par la loi de l'argent. Se détacher de la masse, c'est abolir la loi de l'argent.
Et donc, pour finir, vouloir sincèrement le bonheur de son enfant (et le sien), c'est suivre à la lettre le texte des béatitudes pour soi comme pour son enfant.

Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux les affligés, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils posséderont la terre.
Heureux les affamés et assoiffés de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux les persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi.
Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c'est bien ainsi qu'on a persécuté les prophètes, vos devanciers.

 

Une cause des causes : la peur du vide.

 

l'espace vide peter brookDans la période où je lisais des bouquins théoriques sur le théâtre, j'avais été très marqué et transporté par L'ESPACE VIDE de Peter Brook. En substance : pour que quelque chose de neuf puisse advenir, il faut toujours un espace vide.
 
Des années plus tard, en réaction au bordel intégral qu'est ce monde, je suis constamment au contact des concepts d'entropie et de néguentropie et je scande au quotidien la quantité d'énergie incroyable contenue dans le moindre objet inutile et/ou oublié ou encore dans ce type d'objet qu'on garde soi-disant parce qu'on ne sait jamais, ça pourrait servir un jour. (Je dis soi-disant parce que la vraie raison est notre peur du vide)​
 
Car le déséquilibre est total : les gens sont obnubilés par le fait d'ajouter, d'ajouter et d'ajouter encore et toujours. Enlever, retirer, faire disparaître leur coûtent énormément. Nous ajoutons un milliard de fois plus que nous retirons. (Je dis 'un milliard' pour donner une idée mais ce n'est pas tellement chiffrable et c'est sans doute beaucoup plus).
Et les gens ont un milliard de fois plus l'impression de travailler, d’œuvrer, de faire quelque-chose d'important s'ils font apparaître une chose qui n'était pas là quelques instants auparavant (y compris des objets virtuels). Faire apparaître un objet inutile nous paraît in fine toujours plus utile que de ne rien faire apparaître. Passer du temps à enlever, retirer, faire du vide coûtent tellement aux gens émotionnellement que cette activité est terriblement rare. Pour beaucoup cette activité intervient uniquement pour éviter l'étouffement morbide, quand ça déborde tellement qu'ils ne peuvent plus faire un pas ou qu'ils ne retrouvent vraiment plus rien. Pour beaucoup passer constamment 15 minutes à chercher un objet est la normalité, c'est seulement quand ce temps passe à 1 heure qu'ils se décident (parfois) à réagir...
Il faut dire que la loi de l'argent va également dans ce sens, dans celui de LA PRODUCTION. Produire, produire, produire. Ajouter, ajouter, ajouter. Créer, créer, créer ! Malheureusement, dans l'enfance, c'est quand nous faisions apparaître quelque-chose (et non l'inverse) que nous récoltions des félicitations et l’émerveillement de nos proches...
 
Pensons un instant à tout le bien (moral) dont nous entourons le mot et l'idée de CRÉATION. L'idée de CRÉATION nous fait devenir l'égal de Dieu qui créa le monde, le ciel et la terre (Genèse). Dieu, c'est le créateur ! Pour être quelqu'un de bien (qui se rapproche de Dieu), il faut donc créer ! Si tu œuvres pour faire disparaître : tu es soit invisible, ou plutôt carrément le méchant du film, tu es tout comme la faucheuse ! Tu es l'inverse de Dieu qui, lui, est créateur ! Si Dieu est le créateur, qui donc est le dé-créateur ? Satan ?

Et si, reprenant Peter Brook, Dieu était plutôt celui qui avait justement été capable de faire du VIDE afin que quelque-chose puisse advenir ? Avec ce changement de point de vue : le vide est premier ou à minima en équilibre parfait. Dans ce point de vue, l’œuvre extrinsèque surprenante et improbable pourrait bien être le vide plutôt que le plein. Ne dit-on pas d'ailleurs que la nature a horreur du vide (et cela constitue des lois physiques bien réelles) ? Or Dieu n'est pas la nature ! Dieu est celui qui a été capable de créer le vide dont avait besoin la nature. La nature (la matière) avait besoin de se repaître de vide pour croître et Dieu la lui fournit.
Dieu est certes le créateur, mais créateur du VIDE nécessaire  (donc peut-être le dé-créateur)!!! Ainsi, si nous voulons vraiment suivre Dieu, nous devons augmenter notre capacité à créer du VIDE.
 
Mais les gens développent mille et une techniques psychologiques afin de s'autoriser à ajouter et puis à conserver : il faut remplir à tout prix. Tout l'espace.
 
Imaginons quelqu'un de désœuvré, de désorienté, mais qui se sent poussé à l'activité par la société ou par ses proches. La probabilité pour qu'il concentre son énergie dans une action visant à faire du vide, à retirer, à faire disparaître est quasi-nulle. Nous avons un mal fou à nous échanger pour du vide, nous cherchons constamment à nous échanger pour du plein, à faire émerger quelque-chose de VISIBLE, de CONCRET, qui va S'AJOUTER, que l'on va pouvoir MONTRER. Quitte, dans de très nombreux cas, à mettre sur pied n'importe quoi, d'inutile et d'encombrant, voire de dangereux : le simple fait de pouvoir montrer au autres qu'on a su ajouter et remplir, que l'on a été créateur, nous rassure.
 
Chacun, dans son domaine, passe sa journée à remplir : on en met littéralement de partout.
Pensons aussi à ce vieux mépris de classe envers "la femme de ménage"... alors que si cette personne ne réalisait pas cette œuvre, rien ne pourrait advenir ensuite. Qui est Dieu, hein ?!
 
Pire que des objets inutiles, beaucoup peuvent rester des mois et des mois, voire des années, avec toutes sortes d'encombrants et de déchets devant leur porte, dans ou autour de leur habitat. Au bout d'un moment, ce type d'objet s'ancre dans le paysage comme un rocher ou un arbre, on ne les voit plus. Ce pot de peinture vide dégueulasse et toxique, cette caisse en plastique cassée, cette visseuse en panne, cette vieille peluche, ce lustre débranché, cette chambre à air, ce gobelet en plastique, cette boîte de clou rouillés, ce bouchon de feutre par terre, cette éponge usagée, ce porte-manteau cassé, ces bris de verre, ce vieux hamac tout pourri, etc. etc. (x 999999) resteront à la même place pendant quatre ans, voire même dix ans.
 
Pourquoi toute cette merde est tellement fixe ? Pourquoi même quand on se décide à faire du vide pour éviter l'étouffement ou l'empoisonnement, ça revient ensuite si vite ? Apparemment, nous avons une abyssale peur du vide (= à la peur de la mort ?) couplé à un besoin de remparts et de régressivité placentaire. Nous avons une tendance à nous enfermer dans une bulle d'objets.
En ce qui concerne les choses vivantes, c'est un peu pareil et là, c'est très confortable, nous avons la morale de notre côté : en nous posant comme les ennemis de la mort et du crime, nous obtenons le droit qu'on ne touche absolument à rien.
Si l'homme ne touchait pas régulièrement la limite physique pour sa survie de ce comportement il continuerait à l'infini : il baignerait dans un océan infini d'objets, d'animaux, et de plantes.
Et nous osons parfois parler de DESTRUCTION quand un centre commercial s'installe sur un terrain. Car il faut donc bien voir que ce que nous nommons DESTRUCTION n'en est pas et qu'il s'agit avant tout de CONSTRUCTION. Quand une société "détruit" une forêt pour faire un parc d'attraction, il y a CONSTRUCTION, apparition de quelque-chose qui n'était pas là avant. On peut petit à petit comprendre que nous manquons justement cruellement de DESTRUCTION et que si nous avons le sentiment de nous détruire, c'est que, paradoxalement, nous nous arrêtons jamais de CONSTRUIRE, d'échafauder, de mettre au point, de créer. Jamais nous créons le vide nécessaire à la nature pour qu'elle reprenne ses droits comme Dieu le fait. Si notre environnement est DÉTRUIT, c'est parce que nous ne savons pas arrêter notre frénésie créatrice !
Nous nous détruisons car nous avons un problème avec le vide, avec l'épuration, avec la disparition. Nous nous détruisons parce que nous construisons sans cesse.
Bien-sûr le parallèle vient vite avec les notions de silence, de jeûne, et d'immobilité (qui sont seulement d'autres versions du vide).
Nous sommes inondés par les Bouddhismes Marchands alors que nous sommes aux antipodes de la base de l'équilibre présent dans le Yin et le Yang. La vie est en équilibre avec la mort, le plein avec le vide, la parole avec le silence, la nourriture avec le jeûne, la veille avec le sommeil, le mouvement avec l'immobilité etc. etc. Yin et Yang.
Et si le mal premier de l'humanité était notre incapacité au vide, à nous taire et à nous arrêter ?
(Et c'est aussi pourquoi un terrain constructible est en fait un terrain destructible...)
 
Sylvain Rochex - 20 octobre 2017
 

J'ai enlevé beaucoup de choses inutiles de ma vie et Dieu s'est rapproché pour voir ce qui se passait. Christian Bobin

 

Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où les mites et la rouille détruisent et où les voleurs percent les murs pour voler, mais amassez-vous des trésors dans le ciel, où les mites et la rouille ne détruisent pas et où les voleurs ne peuvent pas percer les murs ni voler ! En effet, là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. Matthieu 6.19-20-21

 

Interdits de vivre

mammonInterdit de vivre. Nous sommes interdits de vivre. Quand allons-nous oser l'affirmer, le marteler, collectivement, jusqu'à ce que le mur tombe ? Quand allons-nous nous concentrer ensemble sur ce point au lieu de nous disperser et de servir la loi de l'argent ?

C'est nous, nos vies à chacun et à tous, ou bien les banques. L'un ou l'autre. Eh bien, ce sera les banques !
 
Quand tu regardes les lois — car l'éveillé regarde les lois, il les contemple comme pur joyau du mal, comme expression pur du mal — l'information peu à peu rentre en toi, horrifié, terrifié, le constat s'impose : il est absolument, totalement, interdit de vivre, seules comptent les banques et la loi de l'argent.

Toutes les lois concourent, convergent, s'agencent, se structurent, se répondent, s'entrelacent, s'harmonisent, s'imbriquent, se superposent, se maximisent, se connectent, se renforcent, au service d'une seule en définitive : celle de l'argent. Le but des lois EST la loi de l'argent.

Toutes les lois sont là pour installer des cadenas, des apories, des impasses, sur tous les chemins de vie imaginables. Si on veut que les gens suivent la loi de l'argent, et uniquement elle, il faut les bloquer sur la totalité des points où ils pourraient choisir la vie plutôt que l'argent. Toutes les lois forment donc un système qui sert à structurer le réel avec des milliards et des milliards d'impasses et de voies de retournement, permettant de ramener chacun d'entre-nous sur les grands boulevards du fric.
Et il ne s'agit pas qu'il manque un seul verrou, car si un seul venait à manquer, ça ferait comme un trou dans une bulle d'air. C'est pour ça que les gouvernements s'échinent à édicter tous les jours de nouvelles lois afin de (re)boucher tout de suite le moindre trou en train d'apparaître — et c'est pour cela que le volume de nos lois ne cessent de croître de façon exorbitante depuis des lustres —.

Tout ça fonctionne car la masse des individus ne s'aventure pas, n'essaye même pas et reste sur les grands boulevards du fric. La vie a été remplacée intégralement par la loi de l'argent. La loi de l'argent est donc leur milieu, ils sont donc dans la loi de l'argent comme des poissons dans l'eau de l'océan.
Car s'ils savaient — (de sapio, sapiens) — à quel point ils sont radicalement interdits de vivre, le statu-quo de la loi de l'argent s'effondrerait instantanément.

 
Celui qui ne s'essaie pas à vivre et qui fait ce qu'il convient de faire (pour la loi de l'argent toujours !), et qui dit ce qu'il convient de dire (pour la loi de l'argent toujours !) ne peut pas comprendre ce que j'exprime ici. Car sur les grands boulevards du fric, tout reste globalement fluide et apparemment facile. Si vous suivez la loi de l'argent, vous évoluez dans le monde avec ce qui est autorisé. Vous êtes donc constamment autorisé, vous avez le droit de. La courbe de progression de vos droits se superpose en touts points à la courbe de progression de votre allégeance à la loi de l'argent. Quand vous êtes totalement soumis à la loi de l'argent, vous avez TOUS les droits (et réciproquement, quand vous êtes totalement opposé à la loi de l'argent, vous n'en avez aucun).
Quand vous suivez la loi de l'argent, toutes vos actions rentrent comme dans du beurre laissé en plein soleil, ce qui a pour effet de conforter votre sensation d'être dans le vrai, le juste et le beau et vous finissez par aimer la loi de l'argent puisque grâce à elle toutes les portes s'ouvrent. Il est donc très facile de confondre la loi de l'argent avec la loi de la vie puisque au premier abord : droits, avantages, privilèges, fluidité, réussite, possessions, jouissances, et mouvements, tout cela nous évoque organiquement la vie MAIS : « Le diable transporta Jésus encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire et lui dit: "Je te donnerai tout cela, si tu te prosternes pour m'adorer." » (Matthieu 4.1-11 : tentations de Jésus).
En adorant Satan : on réussit ! La gloire du monde est pour nous ! Bingo !

De la même manière, il est très facile de prendre les cruelles difficultés qu'on ressent quand on prend le chemin de vie pour le signe d'une erreur d'orientation et de jugement. Effectivement, si faire le choix de la vie, nous mène constamment dans l'impasse, le constat est rude et mortel... MAIS aussi mortel que Jésus mourut sur sa croix, lequel comme chacun sait, n'est PAS mort car il a ressuscité. Car c'est cela la résurrection du christ : choisir la vie qui est en apparence la mort, c'est-à-dire l'impasse, car la vie s'oppose à la loi du monde qui est la loi de Satan.

Car, si on choisit la vie, c'est bien la vie que nous obtiendrons, même si les apparences sont toujours trompeuses. C'est aussi pour cela qu'il est écrit : Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers.
Et c'est aussi pour toutes ces raisons que le texte des béatitudes est un des plus suprêmes. Les béatitudes auraient pu contenir l'assertion suivante : Heureux celui qui est dans l'impasse, car il aura un boulevard.
 
Le mouvement pour la vie qui se dessine est donc clair : œuvrer pour qu'il y ait toujours moins de monde sur les grands boulevards du fric et qu'on soit toujours plus nombreux face aux impasses et qu'on mette fin du même coup au déni et à la dénégation de ce qui nous fait face.
 
Et il y a des sujets pour lesquels l'absurdité du mal est particulièrement prégnante et caricaturale. La rencontre humaine, l'expression, le partage en est un, l'habitat, un autre.
 
Prenons l'habitat (étant donné que je parle encore plus fréquemment du sujet de la rencontre humaine).
Concernant l'habitat, TOUTES nos lois ne concourent qu'à une seule chose : amener tout le monde, soit à vendre sa force de travail en s'aliénant dans un rôle pendant au moins 20 ans et/ou à prendre un crédit dans une banque pour le seul fait d'avoir un toit sur la tête.
 
Même si je suis à l'écrit, je vais répéter à l'identique ce que je viens d'écrire pour être sûr que vous le lisiez deux fois : "Concernant l'habitat, toutes nos lois ne concourent qu'à une seule chose : amener tout le monde, soit à vendre sa force de travail en s'aliénant dans un rôle pendant au moins 20 ans et/ou à prendre un crédit dans une banque pour le seul fait d'avoir un toit sur la tête."
 
Comment se fait-il que nous ne parvenons pas à nous focaliser collectivement sur ce point ABSURDE et gorgé de mal jusqu'à la lie ?! Comment se fait-il qu'un PEUPLE accepte cet état de chose scandaleux au dernier degré ?! Comment se fait qu'individuellement et collectivement nous acceptons que nos vies soient offertes aux banques et aux capitalistes uniquement par le truchement de lois absurdes qui empêchent de vivre ?

​Quiconque quitte les boulevards du fric et la loi de l'argent pour chercher la vie fera le même parcours concernant l'habitat. Les notions rencontrées au travers des lois seront toujours les mêmes : terrain agricole ou naturel, abri de jardin, « abri de moins de 20² », « abri moins de 5m²»,  « En tant qu'agriculteur », « Qu'a-t-on le droit de faire sur un terrain non-constructible ? », caravane, roulotte, camion, yourte, tipis, pilotis, "flottant", prérogatives du maire, ...

​Nous sommes des centaines de milliers, chercheurs de vie, à ​manipuler constamment ces notions dans tous les sens, à la recherche de LA solution, de LA bonne stratégie, alors qu'il n'y en a pourtant aucune. Car s'il y en avait une, tous les chercheurs de vie s'y seraient engouffrés depuis longtemps et tout le monde aurait fini par suivre. Pourquoi se refuser ce constat mortel ? Parce que ça fait trop mal au cœur ?
Concernant l'habitat, toutes les lois concourent JUSQU’À L'ABSURDE COMPLET, à ce que nous soyons tous radicalement INTERDITS DE VIVRE.
Si nous pouvions vivre, si nous pouvions quitter la loi de l'argent, s'il y avait une seule solution LÉGALE viable : tout le monde s'y engouffrerait, et ça ferait comme je le disais : un trou dans la bulle d'air, irrécupérable pour la loi de l'argent et des banques.
 
Et puis pourquoi faisons-nous à ce point-là les niais et les naïfs ? Nous savons bien que depuis des lustres, d'autres, avant nous, ont essayé de faire apparaître des trous et que c'est justement leurs actes qui ont permis, pour les gouvernements, de mettre au point de nouvelles lois afin de créer les nouvelles impasses nécessaires au maintien de la loi de l'argent.
A chaque nouveau commencement de trou vers le chemin de vie, en réaction, une nouvelle lois vient y mettre un terme instantanément.
 
On retrouve donc le même problème psychologique (individuel et collectif) que pour les autres sujets : tant que les individus ne valident pas l'horreur absolue et abyssale de la situation et continuent avec les illusions et le déni, ça continuera. Tant que les individus n'auront pas le courage de brandir sans faiblir, sans fléchir, cette certitude que nous sommes radicalement interdits de vivre, et que nous vivons dans la pire dictature qui soit depuis la nuit des temps, rien de bougera d'un iota. Car ce système vit de notre tendance à nous satisfaire de l'illusion de vie. Tant que nous ne serons pas un nombre substantiel-critique à affirmer que la vie est autre chose que l'état de chose actuel, rien de bougera. Tant que nous nous satisferons, même bon an mal an, de l'état de chose, rien ne bougera. Tant qu'il n'existera pas en chacun de nous un incommensurable NON, PERMANENT, rien ne bougera.
 
Rien ne bougera : la réalité restera opposée à la vie et à l'amour.
La réalité restera la matérialisation constante de la loi de l'argent. Nous continuerons de vivre en Enfer.
 
Sylvain Rochex, 19 octobre 2017.​

Monde de culbutos diaboliques !

culbutoLes gens parlent, lisent, cherchent, indéfiniment, dans toutes les directions. Assoiffés de connaissances, ils sont. Oui, mais au service de quoi !?! De leur carapace ! Du statu quo !

Sur toute la terre, sur le fil du temps, de rares individus ont mené leur recherche et leur apprentissage dans l'autre sens : comment être nu, comment consentir à n'être rien, comment ouvrir son coeur, comment se mettre en chemin vers la lumière de la vérité. Voilà le pourquoi tout rationnel d'une misanthropie bien naturelle pour celui qui cherche la nudité, la vérité. Car comment ne pas atterrir sur l'ennui absolu à côtoyer une masse infinie de gens qui passent leur vie à se barricader toujours plus, avec des techniques toujours plus perfectionnées ? Si je cherche continuellement des formules et des passages secrets pour « faire fondre toutes les carapaces au soleil de Dieu », les autres, en majorité, font le trajet inverse de façon massique : comment consolider les carapaces, comment durcir toujours plus les murailles, comment faire pour que jamais l'autre ne m'atteigne, comment faire pour ne jamais avoir à prendre aucune décision véritable, aucune responsabilité véritable, comment faire en somme pour rester un sordide culbuto, qui toujours se retrouve à la même place, dans le même état, en dépit de toutes les forces et tous les appels qui vont s'exercer sur moi... Toutes ces formules, tous ces lieux-communs, des milliers, qui tournent en boucle et sans cesse des nouveaux, au service de mes culbutes où je me ré-intègre toujours ! Toutes ces formules pour constamment éteindre, pour paralyser, pour renvoyer l'autre dans ses cordes de façon totalement déloyale et puis reprendre sa stature debout de culbuto (avec aussi son sourire niais et ses joues rouges, bien propret et faussement innocent) ! Il y a aussi l'image du chat qui retombe toujours sur ses quatre pattes !
Non vraiment, je suis arrivé à un point où je ne peux plus du tout les entendre ces formules industrielles car quelque-chose de vain et d'infiniment triste m'apparaît... On peut aller puiser des ressources inespérées, on peut travailler toute une vie au jaillissement de la vérité toute nue, à des techniques toujours plus fines pour ré-installer à chaque fois le chariot de feu sur ses rails et le pousser très fort, de toutes ses forces, de cette force qui ne vient pas de nous... Eh bien, l'homme du commun, lui, s'épuise tous les jours dans l'autre sens : comment foutre parterre encore une fois ce chariot en route vers les cieux, au service de sa protection et de sa peur. Si je lis des livres pour déshabiller le réel et nous faire tomber, les gens eux, lisent des livres à la recherche de formules pour se maintenir, de formules pour avoir de quoi se culbuter si quelqu'un vient leur appuyer sur la tête avec le marteau de la vérité. Ma vie, c'est cela : chercher la vérité et aller au devant de personnes qui la tue sans cesse avec des formules du diable. Mais allez au diable avec vos formules du diable ! Aucun chemin n'est possible, toujours un con qui surgit pour tout flanquer parterre avec une formule de mort. Tu lances la vérité, comme un javelot, et des milliers de peurs se ruent sur elle, comme des bêtes féroces qui la dévorent. Voyez ! Je dis souvent le mot Vérité ! Eh bien dans ce monde au service des carapaces, ce monde de culbutos, c'est un mot foncièrement interdit. Quand tu prononces le mot vérité et ce, même dans mille contextes différents et variés, y'a toujours un connard qui surgit avec une formule à la con pour venir détruire l'Idée même de Vérité...
Depuis des décennies et surtout depuis une quinzaine d'années, une propagande violente issue du « complexe industriel du bien-être » et des Bouddhismes marchands, a terminé d'offrir à la population des stocks infinis de formules et de postures pour anéantir le chemin de vie. Ce sont des millions de livres à la con et d'images diffusés en continu pour renforcer les carapaces des gens et le statu-quo avec des formules du diable à l'intérieur. Mais qu'est-ce qu'une formule du diable ? : c'est une formule qui sonne comme la vérité mais qui est son stricte contraire, c'est une formule qui donne l'impression d'avancer alors qu'on fait du surplace, c'est une formule qui fait du bien en apparence car elle arrête l'hémorragie, c'est un point de compression, un barrage installé sur le fleuve de sang de la vérité. C'est une formule qui arrête la pensée, une formule qui met fin à la soirée, au dialogue, au polémos. C'est une formule de mort qui éteint le feu sacré. C'est une formule qui rassure brutalement tout le monde, qui donne le prestige de l'intelligence et de la sagesse à celui qui la sort. Ce prestige ne vient en fait que d'un merci collectif à avoir éteint l'incendie Divin. Ce sont des formules usées jusqu'à la corde et pourtant celui qui dit ce mensonge repart auréolé, comme s'il venait de l'inventer... Mystère... Mystère de l'efficacité et de l'efficience totales des formules du diable... Mystère de leur nouveauté alors qu'il s'agit de momies en poussière qu'on ressort sans cesse du tombeau... Mais c'est pas grave, ça répond à la peur, ça renforce la carapace, ça nous fait revenir au statu quo, et donc la formule a beau être pourrie, éculée et lugubre, elle devient une formule en or, une formule heureuse... La lumière est noire, mais c'est pas grave, c'est de la lumière quand même, ça fera l'affaire !
Ce culbuto est une bonne image tant le chemin de vie nous amène à l'humilité au niveau de la terre. La vérité nous met face contre terre. Quand nous comprenons par exemple que l'argent est le stricte opposé de l'amour, nous voilà le visage beaucoup plus proche des pissenlits, mais soudain jaillit un type qui dira : « L'argent, c'est un outil, il n'est ni bon ni mauvais en soi, tout dépend de comment on s'en sert » ou bien « L'argent, ce n'est que de l'énergie qui circule entre les gens, cette énergie peut être positive ou négative », et hop, le culbuto se redresse d'un coup, et il faut : TOUT RECOMMENCER, Ô Sisyphe !
Mais vous voyez bien qu'un culbuto n'a besoin de rien pour se redresser... C'est que ces formules du diable sont malheureusement à la base des êtres et constituent cette force constante du retour aux choses « sérieuses ». Si je consens à n'être rien, c'est que je consens à la vérité, et je me rapproche à nouveau des cloportes... et puis tout à coup, une petite voix diabolique vient me dire que je suis ceci ou cela, et je me redresse alors, fier comme un poux. Si j'oeuvre pour détruire la division du travail et alerter sur les dangers individuels et collectifs de la spécialisation — qui est un des nombreux aspects de ce monde de mort — il y aura toujours un connard pour me donner le pendant à tout ça : concernant les passions, le développement individuel d'une tekhnè ou le génie et les « dons ». Ce n'est franchement pas anodin d'entendre tous les jours : « Désolé mais je vais me faire l'avocat du diable » ... L'AVOCAT DU DIABLE !!?? Rien que ça !!! C'est quand que vous allez vous rendre compte que ce n'est pas anodin de défendre le diable !! Et le diable est continuellement défendu par tout le monde. Si seulement les gens savaient que le diable, ayant des milliards d'avocats à la seconde, il n'a peut-être pas besoin d'être défendu une fois encore !! Quand quelqu'un se propose de faire l'avocat du diable, c'est qu'il va nous offrir dans deux secondes une petite formule du diable pour que le culbuto se remette en place, pour que le statu-quo remonte sur son trône jusqu'à ce qu'un ultime courageux tente une nouvelle fois de rendre humble tous les culbutos du monde en dirigeant le visage vers la terre et l'esprit vers les cieux.

Nico, ta formule tirées des Bouddhismes marchands, sur « le mal que je vois et que je dénonce est toujours un mal qui est en moi », est une formule du diable PAR EXCELLENCE !!!! Car elle ACHÈVE tout de façon manipulée. Alors que la vie est chemin. Chemin vers l'autre qui est soi (et non pas de soi à soi).

​​​​​​Ne Rentrée pas, S​​orté​​e​​ !​ ​(de votre coquille)​ ​

 adrey juin17 sr dLa Rentrée. Je ne peux pas le croire : cet espèce d'égrégore négatif surpuissant est toujours là, sensationnel, dégoulinant, suintant ! Oui, ce concept de Rentrée à l'étable des moutons, de Rentrée des poules dans leur cage, de Rentrée vers le fond de la caverne est toujours là, dans le monde d'en bas.

Deux temporalités coexistent : celle Étatique-Scolaire et celle du cosmos.
L'alternance travail-forcé et vacances correspond à la première alors que dans le temps du cosmos, il y a ni travail ni vacance.
 
La temporalité étatique-scolaire, c'est celle de la masse, celle de la masse de la nasse et de la nasse de la masse qui emprisonnent les individus tant ils sont craintifs et terrorisés en dehors du grégarisme. Ils ne savent vivre que s'ils sont validés par les autres comme membre du troupeau en tant qu'ils valident le troupeau en retour.
Pour certains, ça fait 20 ans qu'ils suivent le troupeau, pour d'autres, 30 ans, 40 ans, 50 ans... Quand ils commencent à se poser des questions — s'ils viennent à s'en poser —, il est trop tard : chaque pas loin du troupeau sera vécu comme une torture toujours plus grande à mesure que les années passent. Il y a un mobile inconscient — lié à la servitude volontaire — qui amène les gens à courir le plus vite possible vers des seuils apparemment irréversibles pour
​ ensuite​
s'autojustifier jusqu'à la mort : « je n'ai plus eu le choix après avoir franchi tel seuil » — alors qu'ils se dépêchent tous de franchir les seuils... —.
Ils ont pris le pli de l'école, puis celui du travail et des enfants qu'ils emmènent à l'école pour recommencer un tour de roue ; le pli du crédit dans une banque, le pli de ce qu'ils convient de dire et de faire. Ils ont pris tous les plis de la temporalité étatique-scolaire. Ils ne vivront pas. Les mères et les pères se plient en quatre, ploient continuellement sous les attendus. Ils ne font que se reproduire machinalement.
Et jusqu'à leur mort physique, à chaque fois que sonnera la fin du mois d'août, ce sera La Rentrée. Ils suivent le troupeau, il ne peut pas leur venir à l'esprit que ce n'est pas La Rentrée puisque C'EST La Rentrée. Car ce qui est, c'est leur milieu : cette vase putride pleine d'immondices, cette barbotière de pétrole visqueuse. Ils sont comme des goélands figés dans une marée noire dès la naissance
​ (ils n'ont aucune idée de la douceur de voler)​
.
« L'homme est comme le lapin, il s'attrape par les oreilles ». Pour tous ces gens, il suffit de dire les choses, de les écrire et ils le croient. Il suffit de les effrayer un chouia par quelques mots de magie-noire et ils continuent d'avancer.
Ce qu'ils veulent en fait c'est de n'être jamais né. Mais ce qu'ils veulent ce n'est pas d'être resté dans le néant, non, ce qu'ils veulent c'est LE PLACENTA jusqu'à la mort. C'est ça qui dirige leur non-vie : rester une larve dans une poche de protection à partir de laquelle tout arrive pour se maintenir et se conserver dans ce stade larvaire, placentaire, perpétuellement régressif, involutif.
Que ça soit au niveau de la petite histoire de l'individu ou bien au niveau de la grande histoire du monde, tous les efforts sont dirigés dans ce sens du régressif-placentaire-larvaire.
Un fauteuil de cinéma, une voiture, un bureau d'écolier
​ ou à l'université​
, l'argent ou Maman qui rempli
​t​
le frigo, le super-marché, les jeux-vidéos l'informatique
​-
internet et les smartphones-SMS, toutes les marchandises, toutes les fausses jouissances et paradis artificieux, toute cette organisation mondiale qui vise à déverser sur chacun en continu un flot d'objets et de nourriture diverse, tous ces bibelots
​-
joujoux-doudous à la con, toute cette propagande, toute cette prise en charge permanente par des institutions, par un État qui fixe donc le temps et les rythmes, la cadence. Tous nos objets techniques qui sont des prothèses pour « ne pas avoir à ».
Toute la non-vie de l'homme argenté vise à rester une larve dans un placenta, dans une coquille.
Et l'Étymologie de placenta, c'est gâteau ! Oui, voilà, c'est ça, on est passé du néant à la presque-vie, pour rester immobile dans des poches et s’empiffrer comme des porcs (et maintenant on communique avec l'extérieur avec des SMS qui consolident la coquille).
On le voit faire l'enfant qui fait tout pour être enfant le plus longtemps possible. On la voit faire cette dissociété qui fait tout pour que les enfants soient des enfants le plus longtemps possible. Ensuite, on le voit faire cet adolescent — comme on les appelle — qui procrastinent à l'infini pour rester à tout prix une larve jusqu'à ce que l'argent et le travail puissent prendre le relais de Maman qui remplissait le frigo et payait le ticket de cinéma.
 
Ce n'est pas un hasard si le Dieu-Argent porte un nom si proche de celui de la mère : Mammon. Une vie entière dans les jupes de Mammon ! Dans le placenta de Mammon ! Une vie à chialer que Mammon soit là, nous berce. Téter le sein de Maman puis téter les billets de banque de Mammon pour aller chercher au super-marché du lait en poudre. On veut sa Maman et on veut de l'argent (c'est la même chose) ! Voilà, la biographie des gens.
Les choses sont claires : l'homme connaît deux stades d'involution vers la mort. D'abord, il est larve dans un placenta (parents et enfants s'organisent ensemble pour faire durer cela jusqu'à 25 ans). Ensuite, il est larve dans un placenta qui est forcé d'aller périodiquement exécuter une somme de gestes dans le but d'avoir le droit de conserver cet état de larve dans un placenta, le même état que dans la première partie de sa « vie ». C'est tout. Ensuite, il meurt.
L'état de l'homme argenté (l'homme possédé par l'argent), c'est le refus de vivre. Il existe bien-sûr une masse d'hommes qui passent leur « vie » à dire qu'ils ne devraient pas « vivre » ainsi et qu'ils sont en train de changer, d'évoluer, de cheminer. La beauté-laideur de ce mensonge est sidérante. Ce type d'homme a seulement davantage conscience d'être à l'état de larve-placentaire et inventent continuellement des fables concernant leur évolution en cours pour quitter le stade larvaire alors que les faits sont là, ils font comme les autres : ils travaillent pour se maintenir, pour se conserver au stade larvaire. Ces fables servent seulement à procrastiner, à gagner du temps et à rassurer cette part de leur conscience qui sait que quelque chose ne va pas.
 
Aller ! C'est la Rentrée des larves ! L'heure de se recroqueviller ! C'est Mammon-Maman qui l'a dit. L'heure d'aller travailler pour être bien assuré de demeurer une larve dans sa coquille jusqu'à la mort.
​Alors je sors de ma coquille d'orthographe volontaire pour vous hurler : Ne rentrez pas, sortez ! (de votre coquille !)
Et je termine par une citation de Catherine Baker située en pied de page de ce site sur la Déscolarisation  : « S'en sortir ? ... Faudrait peut-être commencer par ne pas y entrer, déjà ! »
 
 
 
Sylvain Rochex - 29 août 2017

​photo : L'Adrey. Juin 2017. S.Rochex.​
 

 

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Crédit Photo originale : Par Khoyobegenn