I) « Tout mouvement de libération de l'homme ne saurait plus passer maintenant que par une déscolarisation.»

Ivan Illich

II) « L'oppression des enfants est première, et fondamentale. Elle est le moule de toutes les autres. »

Christiane Rochefort

III) « Quels enfants allons-nous laisser à la planète ? »

Jaime Semprun

IV) « Non plus créer des écoles alternatives, mais des alternatives à l’école »

John Holt

V) « Notre principale menace aujourd'hui est le monopole mondial de domination scolaire sur l'esprit des hommes. »

Everett Reimer

VI) « Ce qui me paraît le plus insupportable, c'est que l'école me séparait de moi-même. »

Christian Bobin

VII) « Plus l’homme se connaît par la voie officielle, plus il s’aliène »

Raoul Vaneigem

VIII) « Je perçois l'école non pas comme une institution qu'il faut réformer et perfectionner, mais comme une prison qu'il faut détruire. »

Cornélius Castoriadis

IX) « Ce qui abrutit le peuple, ce n'est pas le défaut d'instruction mais la croyance en l'infériorité de son intelligence. »

Jacques Rancière

X) « Prisonnier de l'idéologie scolaire, l'être humain renonce à la responsabilité de sa propre croissance et, par cette abdication, l'école le conduit à une sorte de suicide intellectuel. » Ivan Illich

XI) « Les hommes qui s'en remettent à une unité de mesure définie par d'autres pour juger de leur développement personnel, ne savent bientôt plus que passer sous la toise.» Ivan Illich

News

COUV NEXUS 108 WEBOn parle de nous (interview) dans le numéro 108 de Nexus de Jan/Fév 2017

Dossier « Déscolariser la société »

moinsOn a participé au dossier sur la déscolarisation du numéro 24 (août/sept 2016) du journal romand d'écologie : - Moins

L'école de la peur (texte complet)

ecoledelapeur

Attention aux méprises !

Nous ne sommes pas pour l'Instruction En Famille (IEF) sauf comme solution temporaire, celle-ci est inégalitaire et faire la part belle à une autre institution de l'ordre adulte presqu'autant problématique que l'école (si ce n'est plus !) Pourquoi toujours penser les choses en terme de systèmes fermés ?

Notre revendication se situe sur les communs et un monde ouvert : établir des écoles libres (chacun est libre d'y aller quand il veut), égalitaires (chacun peut intervenir pour enseigner), communales, citoyennes, gratuites, débarrassées de l'État, dans les espaces publics et communs, autogérées.

Bibliographie déscolarisation

Une société sans école
Ivan Illich
Mort de l'école
Everett Reimer
Le maître ignorant
Jacques Rancière
Comme des invitées de marque
Léandre Bergeron
Les apprentissages autonomes
John Holt
Pour décoloniser l'enfant
Gérard Mendel
Avertissement aux écoliers et aux lycéens
Raoul Vaneigem
Apprendre sans l'école
John Holt
Et je ne suis jamais allé à l'école
André Stern
La fin de l'éducation ? Commencements.
Jean-Pierre Lepri
Insoumission à l'école obligatoire
Catherine Baker
L'école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure
Jean Foucambert
De l'éducation
Jiddu Krishnamurti
Pour l'abolition de l'enfance
Shulamith Firestone
L'école mutuelle, une pédagogie trop efficace ?
Anne Querrien
L'enfant et la raison d'Etat
Philippe Meyer
Le pédagogue n'aime pas les enfants
Henri Roorda
Les enfants d'abord
Christiane Rochefort
Les cahiers au feu
Catherine Baker
La fabrique de l'impuissance 2, l'école entre domination et émancipation
Charlotte Nordmann
La fabrique scolaire de l'histoire
Laurence de Cock et Emmanuelle Picard
L'école contre la vie
Edmond Gilliard
Libres enfants de Summerhill
A.S. Neill
Soumission à l'autorité
Stanley Milgram
Si j'avais de l'argent, beaucoup d'argent, je quitterais l'école
Une éducation sans école
Thierry Pardo
La véritable nature de l'enfant
Jan Hunt
C'est pour ton bien
Alice Miller
L'herméneutique du sujet
Michel Foucault
Ni vieux ni maîtres
Yves Le Bonniec et Claude Guillon
L'individu et les diplômes
Abel Faure
La domination adulte
Yves Bonnardel
Encore heureux qu'on va vers l'été
Christiane Rochefort
S'évader de l'enfance
John Holt
Inévitablement (après l'école)
Julie Roux

Article en avant

mamandeserie

Global larcin

Le monde est un grand larcin, un grand accaparement très diversifié, chacun son butin :

Les Élus volent le pouvoir.

Les universitaires volent l'université.

Les professeurs volent l'apprendre.

Les bibliothécaires volent les bibliothèques.

Les propriétaires volent la terre.

Les patrons volent la force de travail.

Les médecins volent la médecine.

Les médias volent l'information. ... etc. (S.R.)

Scolarisation du monde (le film)

schooling the worldAvec sous-titres Fr (bouton CC)

Outil n°1 pour lever le voile

etymosvignette

Les deux faces de la même médaille

mairieecoled

Cliquez sur l'image pour l'agrandir dans un onglet

Article du 30/08/2015

Un document exceptionnel !

millecitations

Nos liens Illustrateurs

Émissions en direct sur une radio locale

LE MONDE ALLANT VERS..., un jeudi sur deux à 19h30, sur la petite radio locale : RADIO GRÉSIVAUDAN.

Vous pouvez écouter ces émissions en rejoignant le site internet de Radio Grésivaudan ou en ouvrant votre radio sur la bonne fréquence.

Générique de l'émission :

Participez en direct en appelant le :

04 76 08 91 91

Accéder aux archives des émissions sur le site de Radio Grésivaudan.

Et si la cause des causes était l'absence d'architecture spirituelle chez chacun ? --> Ecoutez l'émission sur "La Citadelle" :

Fallait oser...

« L'enfant a droit à une éducation gratuite et obligatoire. »

Charte des droits de l'enfant de l'UNESCO

Bossuet nous disait :

« Il n'y a point de plus grand obstacle à se commander soi-même que d'avoir autorité sur les autres. »

 Professeurs, déscolarisez-vous !

« Les enfants ne sont pas seulement extrêmement doués pour apprendre; ils sont bien plus doués pour cela que nous. En tant qu'enseignant, j'ai mis beaucoup de temps à le découvrir. J'étais un enseignant ingénieux et plein de ressources, habile à élaborer des séquences de cours, des démonstrations, des outils de motivation et tout ce galimatias. Et ce n'est que très lentement et douloureusement - croyez-moi, douloureusement ! - que j'ai réalisé que c'était quand je me mettais à enseigner le moins que les enfants se mettaient à apprendre le plus. »

John Holt

Corollaire ou conclusion de cette idée de Holt : si on enseigne à l'E.N., c'est donc pour propagander, détourner, aliéner.

Sur le refus de parvenir

« Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit. » Flaubert

*****

« Si nous voulons un monde nouveau, comment accepter de grimper, d'être reconnu par des institutions du vieux monde ? »
Marianne Enckell

Autres citations sur le refus de parvenir

Le corps enseignant ?

On parle toujours du « corps enseignant », mais jamais de son âme... C'est parce qu'il n'en a pas. Et s'il en avait une, ce serait évidemment celle, noire et vicieuse, de Jules Ferry.  S.R.

julesferryamenoireVoici le monsieur qui s'occupe de vos enfants !

descoetdroit

« L'éducation, avec son fer de lance qu'est le système de scolarité obligatoire, avec toutes ses carottes, ses bâtons, ses notes, ses diplômes et ses références, m'apparaît aujourd'hui comme la plus autoritaire et la plus dangereuse des inventions humaines. C'est la racine la plus profonde de l'état d'esclavage moderne et mondialisé dans lequel la plupart des gens ne se sentent rien d'autre que producteurs, consommateurs, spectateurs et fans, motivés de plus en plus, dans tous les aspects de leur vie, par l'appât du gain, l'envie et la peur. »

John Holt

Lien vers des centaines d'autres citations sur le sujet (mis à jour une fois par mois)

 

Contes pédagogiques et Saynètes

Tragédie potagère: « La petite carotte coupée de ses racines »

carotteC'est l'histoire d'une bien jolie petite carotte, qui a poussé d'elle-même, protégée des grands vents, sous les tiges fanées du pied-mère. Elle est plutôt très tranquille, au beau milieu des bleuets, des coquelicots, des blettes et des topinambours, de la livèche, pas très loin d'un pied de cassis et d'un vieux pommier, caressée par le mouron des oiseaux, à côté du lamier rouge, de petits pieds de coriandre, de la lunaire, des jeunes salades et petits pois.

Deux grosses bottes boueuses ont écrasé une belle touffe de lamier, provoquant un tremblement de terre juste à côté de la petite racine. C'est assurément le début des ennuis. La petite carotte frémit de toutes ses radicelles.

« Toi, ma petite, il est temps que tu sociabilises avec des petites carottes de ton âge ! »

La carotte tente de faire pivoter sa racine sans succès pour s'assurer de la présence de petites carottes issues du même semis qu'elle à ses côtés. Elle les a toujours senti à sa manière innocente et humble de carotte, sans en chercher vraiment la preuve, car l'évidence ne se justifie pas. La grosse voix lui fait soudain douter de ses sens. Pourtant un léger frémissement du sol et un bourdonnement d'abeille vint lui confirmer, semble-t-il, qu'elle pousse à côté de plusieurs de ses sœurs. Alors ?

« C'est important pour les petites carottes de ton âge d'être en compagnie d'autres carottes du même âge.  »

Oui, monsieur acquiesce-t-elle en son for intérieur, je n'en doute pas une seule seconde. Mais c'est assez réducteur pour une vie  épanouie de carotte…

« Sinon, c'est l'anarchie, ma ptite ! »

« Si tu veux être une bonne petite carotte, il faut te mettre dans le rang, sinon on tirera jamais rien de toi. Toutes les carottes sont passées par là tu sais, c'est comme ça.»

La petite carotte aimerait bien raconter, à sa façon, qu'elle est bien, simplement, en compagnie de la livèche, des coquelicots, de la merlette qui lui chatouille les radicelles quand elle gratouille le sol, du puceron lanigère qui s'est installé sur les petits pois, et de surcroît elle aime l'odeur du cassis. Mais elle reste muette. Elle essaie de secouer une fane en guise de protestation, le jardinier n'est évidemment pas sensible au discret langage des plantes.

Une main s'empare de la petite carotte, à la base des feuilles, et tire violemment sur la minuscule racine qui s'arrache brutalement du sol. Tous les végétaux alentours ressentent la petite décharge électrique qui traduit la douleur de la carotte en langage végétal, mais le jardinier n'est pas sensible à ces fragiles fréquences. Il chantonne gaillardement « Savez-vous planter des choux à la mode de chez nous » pour cadencer sa besogne.

Voici notre petite carotte complètement déracinée.

Puis elle est repiquée dans une couche de sable qui gratte, serrée entre deux de ses congénères, sur un sol dépourvu de mouron protecteur, loin de la coriandre qui repousse la mouche de la carotte, des fleurs, de l'odeur du cassis et mise sous filets pour empêcher les oiseaux de gratter le sol. Comme sa racine est sectionnée, elle ne peut puiser l'eau suffisamment profond pour assurer sa subsistance, elle attend avec angoisse l'arrosoir chaque soir. Le sable est un milieu trop pauvre, qui absorbe l'eau trop vite. Sans le jardinier, voilà notre racine condamnée, dans ce milieu asséché.

Une nouvelle vie, morne, pleine d'ennui commence alors pour notre si jolie carotte qui avait de si jolies couleurs.

Notre carotte est scolarisée, mise sous dépendance jusqu'à l'obtention de son diplôme. Elle sera alors sélectionnée, prête à être mise sur le marché...

Pour ne pas heurter davantage les âmes sensibles, nous arrêterons ce récit avant sa fin tragique, car cette histoire menace de finir vraiment très très très mal, purée.

Je vous invite à trouver la fin et/ou ou la morale de cette histoire et de me l'envoyer sur ma messagerie: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser., je publierai les réponses !

monocultureagriscoled

 

Deux héritages

asimineAvertissement: « Perdus vous êtes si vous oubliez que les fruits sont à tous et que la terre n'est à personne », disait Rousseau. Ce conte se déroule cependant dans le paradigme du patriarcat, de la propriété et de la succession. Les deux compagnes des défunts sont absentes. Ce qui ne signifie aucunement que je légitime ce dispositif. Cette simplification ne doit pas nous faire oublier qu'au delà de la réflexion qui jaillit de ce petit conte, nous devons aussi nous atteler à revoir nos présupposés: c'est l'homme qui transmet l'héritage à ses enfants, la propriété est l'aboutissement d'une vie épanouie, chaque parent cherche à transmettre un bien matériel à ses enfants... Dans certains peuples amérindiens, souvenons-nous qu'à sa mort tous les biens d'une personne étaient distribués à l'ensemble de la communauté pour éviter les engorgements d'objets et les luttes fratricides qui en découlent. Ceci étant dit, bonne lecture!

Au soir de leur vie, deux hommes, voisins depuis de nombreuses années, s'allongèrent à quelques jours près sur leur lit de mort, satisfaits l'un et l'autre de ce qu'ils allaient transmettre à leurs enfants.

L'un d'eux, Polydore, avait été besogneux tout au long de son existence et vivait dans une grande et luxueuse maison. Aux abords, la piscine était propre et bien entretenue, le gazon tondu bien ras. Sa grande voiture, qui avait fait sa fierté au cours de son vieil âge, était lustrée, rangée dans le grand garage, prête à servir à la descendance qui prendrait le relais. Dans les coffres de la banque il avait cumulé un solide magot, économisé sou par sou tout au long de son existence de travail et de sacrifice. Lorsqu'il sentit que le Souffle de vie qui l'animait commençait à le quitter, il appela une ambulance, et s'éteint seul sur un lit blanc à l'hôpital de secteur. Car, poussés par lui, ses enfants étaient tous partis les uns après les autres faire de brillantes études en ville et ils étaient rentrés dans les affaires, chacun s'étant provisoirement établi là où l'opportunité du commerce l'avait mené. Ils étaient tous parvenus à une situation plus ou moins semblable à celle de leur père, chacun capitalisant, investissant, économisant avec beaucoup de soin, et chacun jouissait de nombreux privilèges en prenant part aux affaires de ce monde. Au déclin de leur père, l'un était trop loin pour arriver à temps et lui dire au revoir, l'autre n'avait pas eu le temps de consulter son répondeur et avait raté son appel, la dernière était engagée dans une formation d'entreprise avec des enjeux financiers colossaux et ses obligations liées au travail l'avait empéchée de se rendre au chevet de son père.

Florius, son voisin, vivait de l'autre côté d'une petite rivière bordée de grands arbres, laquelle constituait la frontière entre les deux terrains. Il avait mené une existence beaucoup plus simple et dénuée d'ambition. Il habitait dans une toute petite cabane confortable en bois, et tout le reste du terrain, du reste aussi grand que celui de son voisin, avait été planté d'arbres fruitiers, de plantes vivaces et de fleurs. Au cours des ans, il avait greffé, semé, planté trois pommiers, un cerisier, un figuier et deux pêchers,  deux poiriers, un plaqueminier, deux actinidias - un mâle et une femelle, qui commençait à porter des fruits-, des cassis, framboises et groseilliers, un cognassier et un prunier, des cosmos, des roses, du chèvrefeuille, du lilas et un abricotier, et tant d'autres fleurs!  C'était là sa seule fortune matérielle. Il accueillait là ses amis, ses enfants et passait avec eux du bon temps sous la jeune canopée. Il offrit son dernier souffle à son jardin, dans son lit, à la froide saison, quelques jours après son voisin. Le feu ronronnait dans le poêle de sa petite maison de bois. Il avait souhaité s'éteindre seul au cœur de son jardin endormi. Un de ses deux enfants, venu le visiter comme il avait coutume de le faire, le trouva dans la paix de la mort.

Les trois enfants de Polydore, en consultant leur planning, réussirent à se libérer de quelques jours de travail pour régler les affaires de succession. Le hasard fit que pendant ces quatre jours, où ils se réunirent dans la maison familiale, les enfants de Florius avait eux aussi choisi de venir passer du temps ensemble pour prendre soin du jardin de leur père. Le printemps était déjà bien avancé. Ils se connaissaient tous depuis leur enfance, aussi avec plaisir se réunirent-ils un soir au bord de la rivière, dans le grand jardin arboré de Florius. Inévitablement, le flot des mots ruissela bientôt vers la pensée des pères disparus, puis glissa vers le sujet de l'héritage. Les trois enfants de Polydore se félicitaient de la fortune que leur avait laissé leur père. A leur tour d'en être les dignes héritiers, et de faire en sorte de gérer soigneusement le capital hérité. Chacun spéculait sur les mille possibles offerts par cette opportunité et se gaussait d'avance sur les privilèges de leur condition d'héritiers. On allait louer la maison à un prix avantageux, revendre les biens et se partager l'argent. Avec condescendance et à demi mots, ils plaignaient les deux enfants de Florius: un terrain planté d'arbres? Leur père ne leur avait laissé qu'un petit bout de terre et quelques fruitiers? Comment allaient-ils réussir à se projeter dans l'avenir, avec si peu? Les deux enfants de Florius ne dirent mot, mais ils savouraient l'air du soir. La nuit épuisa la parole, les deux fratries se séparèrent; la petite rivière qui séparaient les deux terrains continua de couler, et avec elle, le temps.

Quelques années plus tard, Éléonore, la fille de Polydore, vint passer quelques jours dans le village de son enfance. Elle avait des affaires à régler concernant la maison de son père. Le toit commençait à montrer des signes de vétusté, et les locataires avaient fait la demande qu'on le change, en partie ou intégralité. Éléonore venait faire un diagnostic avec un expert, pour connaître la nature et le coût des travaux. Comme elle n'avait plus d'endroit où dormir, puisque la maison était occupée, elle loua une chambre d'hôtel. Le soir, ses pas et son cœur la menèrent  aux abords de la maison de son père, puis de l'autre côté de la rivière, à la petite cabane de Florius. Une table était dressée sous un cerisier croulant sous les fruits mûrs. Prune, la fille de Florius, arrosait de belles salades à la fraîcheur du soir. Des enfants jouaient dans l'eau de la rivière. Elles se saluèrent amicalement, s'installèrent à l'ombre du vieux cerisier, et s'informèrent mutuellement du cours de la vie, de part et d'autre de la rivière. Éléonore expliqua qu'elle était venue seule, un conflit avait éclaté au sein de la famille au sujet de la maison de Polydore. Il fallait changer le toit et l'avis des trois enfants ne concordait pas. Théodore, l’aîné, voulait assumer cette charge pour continuer à louer la maison et en tirer profit. Grégor, le cadet, commençait à rencontrer des difficultés financières; il avait beaucoup voyagé et dépensé une grande partie de l'héritage de son père, il souhaitait vendre la maison pour se refaire un capital. Quant à elle, elle hésitait, refaire le toit constituait une charge énorme qui venait s'ajouter aux frais de la vie quotidienne, mais représentait aussi la garantie de pérenniser le capital laissé par le père. Car revendre la maison dans cet état revenait à perdre beaucoup d'argent. Les deux frères n'avaient pas voulu l'accompagner, l'un étant fâché, l'autre trop occupé. L'héritage de Polydore commençait à fondre...

Prune lui raconta comment la vie évoluait au jardin: elle s'était installé avec sa famille dans la cabane de Florius. Ils avaient eux aussi changé le toit, en faisant appel à des amis, et l'avait recouvert de tuiles de châtaigner coupées dans un vieil arbre.  Son frère Olivier venait très souvent s'occuper du jardin. Ils passaient ensemble des journées entières à prendre soin des arbres, du jardin, des fleurs. Les arbres, en grandissant, étaient toujours plus généreux. Quelques-uns étaient morts, ils les avaient remplacé par d'autres, ils avaient progressivement ajouté des asiminiers, des néfliers, des argousiers, des caroubes, des mûriers, des châtaigniers, noyers et noisetiers, des kiwaïs, des gojis, des amélanchiers, des myrtilliers arbustifs, des goumis du Japon, et tant d'autres variétés! L'abondance mise en œuvre par Florius suivait son cours. On sentait sa présence dans le feuillage des arbres et dans l'air du soir. 

La maison de Polydor fut vendue. Les frères n'avaient plus de contact entre eux, chacun étant occupé à ses petites affaires, toutes plus importantes les unes que les autres... L'héritage était consommé, dilapidé, fini. Et où planait donc l'âme de Polydore?

Pendant ce temps, les fruits, au jardin de Florius, continuent de nourrir ses enfants, de génération en génération...

Un prof et une étudiante se déscolarisent.

motifs rosesPour détendre un peu l'atmosphère de ce TERRIBLE site internet ^^ (détente déjà amorcée avec l'incroyable suite de la fable du Colibri), je vous propose le texte d'une petite saynète de mon cru : un prof et une étudiante se déscolarisent...

 

MOTIFS FLORAUX

 


LE PROFESSEUR. Quel est le motif de votre absence ?

L’ÉTUDIANTE. Floral

LE PROFESSEUR. Un motif floral ?!! Mais vous plaisantez ?!

L’ÉTUDIANTE.  Pas du tout, je m'occupais de mes fleurs.

LE PROFESSEUR. Ce n'est pas un bon motif ça !

L’ÉTUDIANTE. Ha bon ? Vous n'aimez pas les motifs floraux ? C'est rare.

LE PROFESSEUR. Si ! Mais pas en la circonstance ! Je vous prie de motiver, autrement, votre absence.

L’ÉTUDIANTE. Eh bien, c'est que je n'étais pas très motivée.

LE PROFESSEUR.  Je m'en étais rendu compte figurez-vous, ici, vous faisiez un peu tapisserie depuis un moment déjà.

L’ÉTUDIANTE.  Ha bon !!

LE PROFESSEUR. Et cette fois, vous n'étiez vraiment pas motivée du tout... et donc vous ne vous êtes pas mue du tout ?

L’ÉTUDIANTE. Je ne suis pas venue, oui.

LE PROFESSEUR.  Mais pourquoi ?

L’ÉTUDIANTE. Eh bien laissez-moi essayer de motiver mon motif

LE PROFESSEUR.  Le floral ?

L’ÉTUDIANTE.  Oui, celui qui m'a rendu encore moins motivée que d'habitude.

LE PROFESSEUR. Eh bien essayez !

Lire la suite : Un prof et une étudiante se déscolarisent.

La faute aux écureuils!!!

ecureuil cendreConnaissez-vous l'histoire du nuciculteur et de l'écureuil cendré ? Non ?

Moi non plus, je vais donc l'inventer...

De tout temps, jusqu'à il y a peu, nuciculteurs et écureuils vivaient en bonne entente. De fait, avant d'être étiqueté nuciculteur, notre bonhomme aimait simplement les noyers... Il en ramassait les fruits, les faisait sécher pour l'hiver, et sa maison était faite des planches de cet arbre. Sa vie, somme toute, ne différait que peu de celle de l'écureuil cendré. Ils se croisaient de temps à autre et une certaine compréhension s'était établie entre eux. Chaque année, l'un et l'autre laissaient quelques noix, tombées de la poche ou oubliées dans une petite réserve enterrée, si bien que de nouveaux arbres poussaient, et tout était simple.

Mais le précepteur d'impôts est arrivé. Avec son escorte de gardes armés, il a réclamé une grande partie de la récolte. Les offrandes des noyers ne suffisaient plus à nourrir l'homme, l'écureuil et le précepteur d'impôts. Sous la menace, il a fallu planter de nouveaux arbres, et surveiller les récoltes. Lors d'une visite, le précepteur d'impôts a collé l'étiquette de nuciculteur à notre amateur de noyers, avec un protocole strict à respecter pour « exploiter » ses plantations... Le nuciculteur a même eu l'air flatté, ce nouveau mot lui plaisait bien. L'écureuil cendré, d'un œil curieux, a observé du haut de son arbre le manège qui se jouait en bas, puis, lassé par la monotonie du discours, est parti cueillir de nouvelles noix.

Le nuciculteur s'est mis à travailler dur, beaucoup ; chaque jour un peu plus. Son caractère a changé. Il devenait acariâtre et aigri. Le jour où le précepteur d'impôts est revenu pour emmener son enfant, car l'école était devenue obligatoire, il a acquiescé sans protester : laisser le choix à son fils entre planter des arbres et devenir précepteur d'impôts, c'était là la moindre des libertés qu'il pouvait lui octroyer: le travail au champ était dur.

L'écureuil cendré ? Il continuait à glaner ses noix, à bondir d'arbre en arbre, à dormir en hiver au creux d'un vieux noyer.

Puis les choses se sont gâtées... Le nuciculteur, tout affairé qu'il était, en avait oublié son petit compagnon. Un jour qu'il était particulièrement las, irrité et fragile, et qu'il rentrait de son écrasante journée de labeur, il aperçut le petit écureuil au pied d'un arbre ; il grignotait une noix.

C'est depuis lors que l'écureuil cendré est devenu le souffre-douleur du nuciculteur.

Quoi, il allait devoir travailler deux fois plus parce que ce parasite lui volait la récolte ?

Quoi, pendant que lui s'échinait et se brisait le dos à la tâche, l'écureuil sautait de branche en branche ?

Quoi, alors qu'en ce matin de janvier, il était debout avant l'aurore, l'écureuil dormait au chaud dans un arbre ?

C'en était insupportable... L'un et l'autre ne pouvaient cohabiter en bonne entente. Et bien sûr, c'était à l'écureuil de quitter la noiseraie, puisqu'en tant que nuciculteur, il en était l'exploitant légal.

Il en parla au précepteur d'impôt pour justifier sa maigre récolte. Celui-ci lui remit une cage et lui dit qu'en compensation il voulait l'écureuil cendré lors de sa prochaine visite; pour l'exemple dit-il.

Le nuciculteur tenta tant bien que mal d'attraper l'animal. On connaît la ruse de l'écureuil cendré. Il était déjà en lieu sûr...

Le nuciculteur cherche encore... Il peut chercher longtemps ! Il trouvera peut-être un autre écureuil à qui faire porter la faute de sa triste condition. Espérons pour lui qu'un jour il se tournera vers les vraies causes de son mal-être...

...

Cette trop grande constance de l'humain à occulter l'origine des souffrances pour les faire porter à des sujets inoffensifs m'épouvante ; on la retrouve dans tant de domaines ! Le but de cet article est d'inviter à la réflexion sur cette tendance toxique qui nous pousse à blanchir l'oppresseur pour lester l'opprimé de toutes les fautes. De nouveau, il s'agit de renverser totalement nos façons de faire, pour s'émanciper réellement des contraintes qui pèsent sur nous. De façon peut-être un peu éparpillée, je voudrais dresser une liste des multiples répercussions de cette étrange façon de faire.

"Désir de voir autrui souffrir ce qu'on souffre, exactement. C'est pourquoi, sauf dans les périodes d'instabilité sociale, les rancunes des misérables se portent sur leurs pareils. C'est là un facteur de stabilité sociale." Simone Weil

 

Lire la suite : La faute aux écureuils!!!

Le colibri, le renard et l'incendie ...

renardConnaissez-vous l'affable fable du colibri ?

Oui, bien sûr, qui ne la connait pas, de nos jours !? Elle s'est propagée dans la forêt à la même vitesse que l'incendie qui y fait rage.

Mais si, vous savez, ce sympathique petit oiseau, qui frénétiquement bat des ailes pour éteindre avec son petit bec le brasier qui détruit tout sur son passage...

Eh bien, pour changer un peu, nous allons partir en compagnie du renard; nous promener dans cette forêt, autant que faire se peut, parmi les espaces encore épargnés par les flammes...

Laissons le colibri à sa tâche...

Le renard s'est réveillé en panique ce matin, au fond de son terrier la chaleur était insoutenable, il a dû s'enfuir. L'incendie, dans la forêt, se propage à une vitesse fulgurante. Inquiet, voire paniqué, le renard galope à travers les arbres, à la recherche de compagnons avec qui s'entretenir pour trouver une solution collective à ce qui les menace tous. Il a bien compris qu'à lui seul, ses efforts seraient vains.

Ahuri, dans sa course il aperçoit un chevreuil endormi sous un érable, insensible à la fumée qui se répand maintenant partout. Il continue sa route, et avec un effarement toujours plus grand, il entrevoit un lapin qui souffle mollement sur une touffe d'herbe. Un chat sauvage aspire avec une paille l'eau de la rivière et la projette sur les flammes. Un sanglier, une belette et un épervier, chacun munis d'un dé à coudre, font la queue à la source.

« Ma parole, sont-ils tous devenus fous ? »

Et le renard continue sa course, à la recherche de confrères animaux à qui l'incendie n'aurait pas enfumé totalement l'esprit...

Au détour d'un virage, il tombe truffe à truffe avec l'ours. Celui-ci tient délicatement un seau minuscule entre ses griffes puissantes et s'achemine en dandinant vers la rivière pour le remplir.

Eberlué, le renard lui demande:

« Mais, que fais-tu, avec ce petit seau, que fais-tu ? Ne vois-tu pas le feu, autour, ne vois-tu pas l'URGENCE ???

Et l'ours, placide :

-  ... Je fais ma part du colibri !

- MAIS, TU ES UN OUUUUURS !!!!! »

Des bibliothèques d’un genre nouveau…

livre

« - Raconte-nous, Grand-mère Luna, comment c'était, les bibliothèques quand tu étais petite ! Il nous reste un peu de temps avant qu'Enéa nous parle des musaraignes qu'elle a observées dans son jardin !
- D'accord, mais je signale seulement que l’atelier d’écriture d’un conte médiéval va commencer à côté pour ceux qui voudraient y participer...
- Oui, oui... Camille y est allé !
- Alors… Au même endroit que là où nous sommes aujourd'hui, il y avait des tables, séparées les unes des autres, où chacun en silence étudiait, seul.
- Un peu comme la partie silencieuse de la bibliothèque ?
- Oui, c'est exactement ça, sauf qu'on devait chuchoter dans la totalité de la bibliothèque, même dans l’actuel petit théâtre au rez-de-chaussée. Quand on entrait ici, on faisait des recherches pour soi. Au mieux, on pouvait venir par petits groupes de trois ou quatre, faire des recherches sur des sujets bien précis.
- Mais c'est très peu !
- Oui. Pour des échanges plus larges, chacun restait chez soi, derrière son ordinateur, à communiquer par écrans interposés avec les autres curieux qui cherchaient à s'émanciper là où ils le pouvaient, comme ils le pouvaient.
- C'est bizarre !
- Tu sais Firmin, les gens étaient scolarisés, il faut bien le comprendre. C'est difficile pour vous aujourd'hui.  Ils prenaient très peu d'initiatives par eux-mêmes. Quand quelqu'un venait faire une recherche sur un sujet, c'est bien souvent parce qu'on lui avait demandé, dans le cadre de ses études. C'était le professeur qui décidait de ce qui devait être appris !
- Et ils acceptaient ?!!
- Oui. Les enfants, dès leur plus jeune âge étaient forcés d'aller à l'école avec un unique professeur qui décidait à leur place. Même s'ils pleuraient pour protester, on les obligeait. On les grondait. Au bout de plusieurs semaines, plusieurs mois, ils avaient bien compris qu'ils n'avaient pas le choix. Alors ils étaient résignés. Et comme tout le monde passait par là, ils pensaient que c'était normal.
- Et il n'y avait rien d'autre que le silence dans la bibliothèque ? Ça devait être triste !
- Oui, c'était triste... Quelques fois, très rarement, il y avait quelqu'un qui venait parler d'un écrivain, ou une conteuse qui venait raconter des histoires aux enfants.
- C'étaient les enfants, les gens qui les faisaient venir ?
- Oh, non, rappelez-vous bien que les gens ne disposaient d'aucun pouvoir de décision. C'était le personnel de la bibliothèque qui choisissait qui devait intervenir, ou non.
- Et si ça ne plaisait pas aux gens ?
- Ça ne changeait rien ! D'ailleurs, comme les gens n'avaient pas l'habitude de décider, ils trouvaient ça normal que quelqu'un s'occupe de la programmation.
- Et si quelqu'un voulait parler de sa passion, comme Guillaume tout à l'heure avec les motifs celtes ou Juliette sur le squelette humain?
- Ah!Ah!Ah ! Non, rien de tout ça.
- Mais, c'était nul !
- Oui.
- Il n'y avait pas de fauteuils, ni de tapis, ni de coussins ?
- Quelques-uns, à l'étage dévolu aux enfants. Les adultes n'avaient pas ce confort. L'aménagement a évolué quand les décisions sont devenues collectives. Quand les gens ont spontanément donné leur avis, il a été choisi d'installer des tapis à certains endroits, de mettre des fauteuils confortables et des petites lumières douces. C'est à partir de là que les choses ont changé. Quand un groupe de personnes, chaque jour plus nombreux, a décidé de devenir autonome et de choisir de quelle manière ils voulaient apprendre et partager. Petit à petit, la bibliothèque est devenue le lieu vivant dans lequel nous sommes aujourd'hui, et plus un musée rigide et froid comme avant.
- Ah ! Voilà, Enéa arrive. Je crois qu'elle a collecté des informations passionnantes à propos des musaraignes et leur interaction avec certaines plantes dans son jardin... Je vais m'assoir avec vous pour l'écouter... »

***

Chers habitants de la Cité Chambérienne,

Aujourd’hui, les bibliothèques sont à l’image du reste : absence de convivialité et de vivre-ensemble, froide mécanique au service de la consommation individuelle. Qui passe la porte d’une bibliothèque est renvoyé à lui-même, comme si la lecture était un acte de solitude, de silence, de repli sur soi, de consommation. Comme si le concept de livre nous séparait les uns des autres alors qu’il devrait provoquer exactement l’inverse.

Les bibliothèques devraient être des Maisons du peuple, des « écoles » du citoyen, par les citoyens, pour les citoyens. La lecture, les livres, les mots, les langues, les savoirs, les histoires, les idées, les pensées, devraient être des supports, des prétextes à la rencontre des autres, au jaillissement de la parole libre, du dialogue, pour nous rapprocher. Au partage tous azimuts.

Oui, nous sommes en droit d’imaginer des bibliothèques d’un genre nouveau qui n’ont rien à voir avec celles d’aujourd’hui qui ne sont ni conviviales, ni populaires, ni citoyennes.
Nous disposons désormais de preuves indubitables concernant une volonté de partage et de transindividuation égalitaire absolument monumentale : Internet. L’écart astronomique qui existe entre ce qui est présent librement et égalitairement sur le web et le vide abyssal correspondant dans les structures institutionnelles et la vie réelle, est en train de se voir… comme un éléphant dans une bibliothèque ! Mais pourquoi l’humanité vivrait-elle sur Internet ? C’est quoi cette nouvelle imbécilité ? Pourquoi l’humanité pense, débat, dialogue, échange, témoigne, s’indigne, se révolte, dénonce, commente, partage, montre, souffre, parle, écrit, explique, démontre, raconte, par écrans interposés, chacun replié dans sa sphère privée ? Quelle est donc cette nouvelle imposture à dévisser de toute urgence ?!

Nous sommes en droit d’imaginer des bibliothèques d’un genre nouveau, qui soit comme Internet, mais sans Internet ! Et après avoir imaginé, nous sommes en droit de désirer et de mettre en œuvre. C’est pourquoi nous serions ravis de recevoir vos témoignages concernant la bibliothèque de vos rêves afin de constituer un élan de désir collectif.

Sylvain Rochex : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. et Mathilde Anstett : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
www.descolarisation.org

sensortird

Crédit Photo originale : Par Khoyobegenn